Qui est Chaïm SOUTINE ?
Date de naissance : 13 janvier 1893 (Smilavitchy, Empire russe (actuelle Biélorussie)).
Date du décès : 9 août 1943 (Paris, France) à 50 ans.
Activité principale : Peintre.
Où est la tombe de Chaïm SOUTINE ?
La tombe de Chaïm SOUTINE est située dans la division 15.
La tombe de Chaïm SOUTINE au Cimetière du Montparnasse
La pierre tombale grise de Soutine resta longtemps anonyme avant d’être corrigée par une plaque plus sobre. Il repose dans le même caveau que Marie-Berthe Aurenche.
Biographie de Chaïm SOUTINE
Chaïm Soutine naît le 13 janvier 1893 à Smilavitchy, dans l’Empire russe, aujourd’hui en Biélorussie, au sein d’un milieu modeste et traditionnel. Très tôt, il dessine avec une intensité qui semble déjà déborder le simple apprentissage : chez lui, la nécessité de peindre n’a rien d’un loisir, mais relève d’un besoin vital, presque physique. Son enfance et son adolescence, marquées par la rudesse des conditions matérielles et les contraintes pesant sur les destins possibles, forgent une sensibilité à vif. De ces années, Soutine garde aussi une mémoire du quotidien : visages éprouvés, intérieurs pauvres, chairs, étoffes, autant de matières qui deviendront, une fois transfigurées par la peinture, le cœur incandescent de son œuvre.
Comme nombre d’artistes venus d’Europe de l’Est au début du XXe siècle, Soutine prend la route de Paris, alors capitale des avant-gardes. Il y trouve une effervescence et une liberté inespérées, mais aussi la précarité, la solitude, l’incertitude du lendemain. Ce Paris des ateliers et des chambres étroites, des amis peintres et des longues journées à chercher son langage, est celui où sa peinture se radicalise. À rebours d’un réalisme descriptif, Soutine poursuit l’essentiel : la tension intérieure d’un visage, l’instabilité d’un paysage, la vibration d’une nature morte. Il ne cherche pas à flatter l’œil ; il cherche à saisir, par la couleur et la matière, ce qui tremble sous la surface du monde.
Son style s’affirme dans une relation combative au motif. Là où d’autres construisent, il bouscule ; là où certains ordonnent, il fait basculer. Les formes se tordent, les perspectives semblent vaciller, la touche s’épaissit et s’enflamme. Rien n’est gratuit : cette déformation est une manière de faire surgir une vérité plus intense que l’exactitude. Les visages, souvent, paraissent porter tout le poids d’une vie en une seule posture ; les paysages prennent l’allure d’organismes vivants, traversés d’élans et de contractions. Soutine appartient à ces peintres pour qui la peinture n’est pas un moyen de représenter le réel, mais une façon de le réinventer, de le pousser jusqu’à une sorte de cri silencieux.
Parmi les sujets auxquels il revient, les portraits occupent une place majeure. Soutine peint des figures humbles, des travailleurs, des employés, des anonymes dont il exalte la présence avec une force sans condescendance. Les vêtements, les mains, les regards, la manière dont un corps se tient dans l’espace, tout devient un théâtre de sensations. La peinture, chez lui, n’installe pas un personnage dans une narration ; elle le donne comme une apparition. Cette intensité se retrouve aussi dans ses natures mortes, où la matière picturale fait presque sentir la densité des choses : tissus, objets, nourriture, tout semble pris dans une même palpitation. Soutine ne peint pas pour décorer, mais pour atteindre, au plus près, la part irréductible du vivant.
Sa reconnaissance, longtemps incertaine, se heurte d’abord à la difficulté d’être compris. Une œuvre aussi nerveuse, aussi peu soucieuse des codes, ne s’impose pas d’emblée. Mais cette singularité finit par devenir sa signature. Peu à peu, sa peinture attire l’attention, suscite l’admiration, s’inscrit dans le paysage artistique de l’entre-deux-guerres. Soutine apparaît alors comme une figure essentielle d’un expressionnisme profondément personnel, qui n’imite aucun système et ne se laisse enfermer dans aucune école. Ceux qui le découvrent sont frappés par la puissance de sa couleur, par l’énergie de sa touche, par cette façon de faire tenir ensemble la violence et la fragilité, l’excès et la retenue.
La fin de sa vie se déroule dans une Europe bouleversée. Installé à Paris, Soutine traverse les années de guerre dans un climat d’angoisse et d’instabilité qui pèse sur l’existence quotidienne autant que sur la possibilité même de travailler. Sa santé décline. Il meurt à Paris le 9 août 1943, à l’âge de 50 ans, laissant une œuvre qui, malgré une vie brève, a profondément marqué la peinture du XXe siècle. Soutine demeure l’un de ces artistes dont la force tient à la nécessité : une peinture sans compromis, où chaque toile semble rejouer l’acte de peindre comme une urgence, et où le monde, loin d’être décrit, se trouve rendu à sa fièvre et à sa vérité intérieure.