Qui est Pierre SOULAGES ?
Date de naissance : 24 décembre 1919 (Rodez, France).
Date du décès : 25 octobre 2022 (Nîmes, France) à 102 ans.
Activité principale : peintre, graveur.
Où est la tombe de Pierre SOULAGES ?
La tombe de Pierre SOULAGES est située dans la division 13.
La tombe de Pierre SOULAGES au Cimetière du Montparnasse

Tombe de Pierre Soulages au cimetière du Montparnasse.
ManoSolo13241324, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Pierre Soulages repose au Cimetière du Montparnasse, dans la 13ème division.
Si de nombreux admirateurs s’attendaient à un monument imposant, ils sont saisis par sa sobriété : comme une épure. La sépulture a été conçue par son ami proche, le célèbre architecte et designer Jean-Michel Wilmotte. Ce dernier avait déjà travaillé sur l’aménagement du musée de Rodez et connaissait parfaitement l’exigence de minimalisme du peintre.

Sépulture de Pierre Soulages dans la 13ème division du cimetière du Montparnasse
Stéphane Charton-Thomas, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Biographie de Pierre SOULAGES
S’il est un nom qui incarne à lui seul la puissance de l’art abstrait français du XXe et XXIe siècle, c’est celui de Pierre Soulages. Celui que l’on surnommait « le peintre du noir » a traversé un siècle d’histoire, pinceau à la main, pour prouver au monde que l’obscurité n’est pas une absence, mais une source de clarté. Voici le récit d’une vie dévouée à la quête de l’essentiel, un parcours qui ne fut pas une simple carrière, mais une véritable ascèse artistique.
L’enfance aveyronnaise et l’éveil d’une vocation
Tout commence le 24 décembre 1919, à Rodez, dans les terres rudes de l’Aveyron. Pierre Soulages naît dans une famille d’artisans. Son père, Amans, est carrossier et fabrique des voitures à chevaux. Cette immersion précoce dans l’univers de l’artisanat, du travail manuel, du bois et du fer marquera durablement son approche de la peinture : pour Soulages, peindre sera toujours un acte physique, un corps-à-corps avec la matière et les outils.
Le drame frappe prématurément. Pierre n’a que sept ans lorsque son père décède. Il est alors élevé par sa mère, Aglaé, et sa sœur aînée, de quinze ans sa cadette. Ce foyer féminin, empreint d’une certaine austérité, forge son caractère solitaire et déterminé. Très tôt, le jeune Pierre se distingue par ses goûts singuliers. Alors que ses camarades dessinent des fleurs colorées, il est fasciné par la structure des arbres dénudés en hiver et par la puissance des contrastes. On raconte qu’à un instituteur lui demandant ce qu’il dessinait avec ses grands traits noirs sur le papier blanc, il répondit avec un aplomb d’adulte : « Je fais de la neige ». Déjà, il comprenait que le noir rendait le blanc plus lumineux.
Le choc de l’art roman et le refus du conformisme
Deux chocs esthétiques majeurs vont sceller son destin. Le premier est la découverte des statues-menhirs du musée Fenaille à Rodez. Ces pierres levées préhistoriques, aux gravures simples et monumentales, resteront une influence souterraine dans toute son œuvre. Le second est la visite, à l’âge de douze ans, de l’abbatiale Sainte-Foy de Conques. Sous ses voûtes romanes, il reçoit une leçon de lumière et d’architecture qui ne le quittera jamais. C’est dans ce lieu sacré qu’il décide qu’il sera peintre.
En 1938, Soulages monte à Paris pour préparer le professorat de dessin et le concours de l’École des beaux-arts. Il est admis, mais sa liberté est déjà trop grande pour les cadres académiques. Après seulement quelques jours, il refuse d’intégrer l’école, jugeant l’enseignement sclérosé et poussiéreux. Il préfère passer ses journées au Louvre ou voir des expositions de Picasso et Cézanne, qu’il considère comme ses véritables maîtres. Ce refus des institutions sera une constante dans sa vie : Soulages n’appartient à aucun groupe, aucune école, aucun mouvement.
L’amour et la guerre : la rencontre avec Colette
La Seconde Guerre mondiale éclate et vient suspendre ses ambitions. Mobilisé en 1940, il est envoyé à Bordeaux, puis démobilisé après l’Armistice. C’est durant cette période trouble, à Montpellier, qu’il fait la rencontre la plus importante de sa vie : Colette Llaurens. Ils se marient en 1942, à minuit, en l’église Saint-Roch, pour échapper à la curiosité et surtout aux menaces du Service du travail obligatoire (STO).
Colette sera son pilier, son « premier regard », son épouse fidèle pendant 80 ans. Le couple n’aura pas d’enfants, un choix délibéré pour consacrer leur existence entière à l’œuvre de Pierre. Pendant l’Occupation, Soulages devient viticulteur sous une fausse identité pour échapper aux Allemands. Il cesse de peindre physiquement, mais son esprit continue de mûrir sa vision. Il dira plus tard que cette parenthèse forcée a renforcé sa détermination à ne jamais faire de compromis.
L’affirmation d’un style et le triomphe du noir
De retour à Paris en 1946, Soulages s’installe dans un atelier à Courbevoie. Il rompt radicalement avec la peinture figurative qui domine encore la scène française. Il utilise des outils de peintre en bâtiment (larges brosses, spalters, couteaux) et des matériaux modestes comme le brou de noix, ce colorant utilisé par les artisans pour teinter le bois.
Ses œuvres, composées de larges traits sombres qui s’entrecroisent sur un fond clair, frappent par leur autorité naturelle. En 1947, il expose au Salon des surindépendants. Francis Picabia, l’un des grands noms de l’avant-garde, s’arrête devant son tableau et lui lance ce compliment prophétique : « Avec ce que vous faites, vous allez avoir beaucoup d’ennemis ».
La reconnaissance est internationale et étonnamment rapide. Contrairement à beaucoup d’artistes français qui peinent à percer aux États-Unis, Soulages séduit immédiatement New York. Dès les années 1950, ses toiles entrent au Guggenheim et au MoMA. Il se lie d’amitié avec Mark Rothko et Robert Motherwell, mais refuse d’être assimilé à l' »Action Painting ». Il n’est pas dans l’expression d’un geste nerveux, mais dans la construction d’une forme qui s’impose au spectateur.

Pierre Soulages, 28 October 2019.
NVP3D, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
La bascule vers l’outrenoir : une révolution picturale
À 60 ans, alors que sa carrière est déjà immense, Pierre Soulages va vivre un tournant radical qui va redéfinir l’histoire de l’art contemporain. En janvier 1979, il travaille sur un tableau dans son atelier. Il sature la surface de noir, travaille la matière, mais n’est pas satisfait. Il quitte l’atelier, épuisé et prêt à détruire l’œuvre. À son retour, il regarde la toile d’un œil neuf et comprend ce qui vient de se passer : ce n’est plus le noir qu’il regarde, mais la lumière qui se reflète sur les reliefs de la peinture noire.
Il vient d’inventer l’Outrenoir. Ce n’est plus un noir optique, mais un noir qui devient émetteur de clarté. En striant, en grattant, en lissant la pâte épaisse de l’acrylique, Soulages fait jouer la lumière ambiante. Le tableau n’est jamais le même : il change selon l’angle où l’on se place et selon l’heure de la journée. Cette découverte le propulse dans une nouvelle dimension de création qui durera jusqu’à son dernier souffle.
Les vitraux de Conques : le retour aux sources
L’un des projets les plus aboutis de sa vie reste la création des vitraux de l’abbatiale de Conques, entre 1987 et 1994. Pour ce lieu qui l’avait tant marqué enfant, il refuse le verre coloré traditionnel qui aurait dénaturé l’austérité romane de l’édifice.
Pendant sept ans, il multiplie les essais techniques pour créer un verre spécifique, translucide mais non transparent, qui respecte la diffusion naturelle de la lumière et souligne les lignes de l’architecture sans les interrompre. C’est une réussite absolue, un dialogue magistral entre le Moyen Âge et l’art contemporain, où le visiteur ne regarde pas le vitrail, mais la lumière qui habite l’église.
Le musée Soulages et la consécration finale
En 2014, le Musée Soulages est inauguré à Rodez, sa ville natale. L’artiste et son épouse y font une donation exceptionnelle de plusieurs centaines d’œuvres. Le bâtiment, conçu par les architectes RCR en acier Corten à la couleur de rouille, semble surgir de la terre aveyronnaise. Ce musée n’est pas un mausolée, mais un lieu vivant où l’on comprend l’évolution technique et spirituelle de l’artiste.
En 2019, Pierre Soulages fête ses 100 ans. À cette occasion, le Louvre lui offre une rétrospective dans le prestigieux Salon Carré, un honneur partagé seulement par Picasso et Chagall avant lui. Jusqu’au bout, malgré la fatigue physique, il continue de peindre dans sa maison de Sète, face à la Méditerranée, toujours assisté par Colette.
Il s’éteint le 25 octobre 2022 à Nîmes, à l’âge de 102 ans. Un hommage national lui est rendu dans la cour carrée du Louvre, saluant l’un des plus grands artistes de tous les temps, un homme qui a su transformer l’obscurité en lumière éternelle.