Qui est Jean-Pierre ELKABBACH ?
Date de naissance : 29 septembre 1937 (Oran, Algérie).
Date du décès : 3 octobre 2023 (Paris, France) à 86 ans.
Activité principale : journaliste, homme de médias.
Où est la tombe de Jean-Pierre ELKABBACH ?
La tombe de Jean-Pierre ELKABBACH est située dans la division 18.
La tombe de Jean-Pierre ELKABBACH au Cimetière du Montparnasse

Tombe de Jean-Pierre Elkabbach au cimetière du Montparnasse.
ManoSolo13241324, CC0, via Wikimedia Commons
Les obsèques de Jean-Pierre Elkabbach ont réuni le « Tout-Paris » politique et médiatique.
Dans un premier temps placé dans un caveau provisoire, le journaliste a finalement trouvé sa demeure éternelle au cœur de la 18e division du cimetière. Au printemps 2024, un monument définitif a été érigé pour coiffer sa tombe.
Les gens se recueillent sur la tombe de Jean Pierre ELKABBACH 🌺🌼🌻 au cimetière du Montparnasse.
Biographie de Jean-Pierre ELKABBACH
Pendant plus d’un demi-siècle, son visage, sa voix et ses silences théâtraux ont rythmé la vie démocratique française. Jean-Pierre Elkabbach n’était pas seulement un journaliste ; il était une institution, le confesseur laïc des présidents, et l’interviewer le plus redouté du paysage audiovisuel. De Charles de Gaulle à Emmanuel Macron, il a interrogé tous les chefs d’État de la Ve République. Aimé, craint, parfois contesté pour sa proximité avec le pouvoir, il a incarné une certaine idée du journalisme politique, pugnace et spectaculaire. Pour le visiteur du cimetière du Montparnasse, s’arrêter devant sa sépulture dans la 18e division, c’est rendre hommage à un homme qui a fait de la parole publique un art majeur.
L’enfant d’Oran et la déchirure de l’exil
L’histoire de Jean-Pierre Elkabbach commence bien loin des ors de la République parisienne. Il naît le 29 septembre 1937 à Oran, en Algérie, au sein d’une famille juive pratiquante. Son père, Charles, est un négociant en import-export respecté, et sa mère l’élève dans l’amour de la culture française. Mais cette enfance ensoleillée est très vite assombrie par la tragédie. Son père meurt alors que Jean-Pierre est encore très jeune, le laissant avec un profond sentiment de manque et une urgence de vivre qui ne le quittera plus.
Dans cette Algérie française déchirée par les prémices de la guerre, le jeune Jean-Pierre se découvre une passion pour les mots et l’information. Il fait ses premières armes à la radio à Oran, apprenant à poser sa voix et à capter l’attention de l’auditeur. À la fin des années 1950, l’Histoire le force à l’exil. Comme des centaines de milliers de Pieds-noirs, il doit quitter sa terre natale pour rejoindre l’Hexagone. Ce déracinement est une blessure fondatrice. Il arrive à Paris avec la rage de vaincre de ceux qui ont tout perdu, décidé à conquérir cette capitale politique qui lui semble à la fois fascinante et lointaine. Il poursuit des études à l’Institut d’études politiques de Paris (Sciences Po) et à la Sorbonne, se forgeant un bagage intellectuel solide pour affronter les ténors de la politique.
Le journaliste français Jean-Pierre Elkabbach à Deauville (Normandie, France) en septembre 1991.
Roland Godefroy, CC BY 3.0, via Wikimedia Commons
Les années de formation et l’irruption à la télévision
L’ascension de Jean-Pierre Elkabbach dans les médias français est fulgurante. Dans les années 1960, il intègre la Radiodiffusion-télévision française (RTF, qui deviendra l’ORTF). Il y apprend les ficelles du métier de reporter, puis de présentateur. Mais c’est dans l’arène de l’interview politique qu’il révèle son véritable génie. Il comprend très vite que la télévision n’est pas seulement un canal d’information, mais un théâtre.
Dans les années 1970, il devient le rédacteur en chef du journal de la première chaîne, puis de la deuxième chaîne. Avec son complice Alain Duhamel, il forme un duo légendaire à la tête de l’émission Cartes sur table sur Antenne 2. C’est l’âge d’or du débat politique télévisé. Elkabbach invente un style : incisif, opiniâtre, n’hésitant pas à couper la parole aux ministres et aux chefs de parti. Il a l’art de la relance, la capacité de déceler la faille dans l’armure de son interlocuteur. Il ne cherche pas à détruire l’homme politique, mais à le pousser dans ses retranchements pour en extraire une vérité, un aveu ou une émotion.
L’art de l’interview et le mythe du silence
La légende de Jean-Pierre Elkabbach s’est en grande partie construite sur une réplique célèbre, bien qu’historiquement déformée par la culture populaire. Lors des soirées électorales des années 1970, ses passes d’armes avec le secrétaire général du Parti communiste français, Georges Marchais, sont des moments d’anthologie. Le tribun communiste a l’habitude de rudoyer les journalistes, mais face à Elkabbach, la tension est palpable.
La mémoire collective a retenu la phrase de Marchais : « Taisez-vous Elkabbach ! ». En réalité, Georges Marchais avait dit : « Écoutez Elkabbach ». Ce sont les imitateurs, et notamment Thierry Le Luron, qui ont transformé cette réplique en un ordre péremptoire, figeant pour l’éternité l’image d’un journaliste insoumis face à la rudesse du pouvoir. Cette anecdote montre à quel point Elkabbach était devenu un personnage à part entière du roman national, au même titre que les politiciens qu’il interrogeait. Son style d’interview était marqué par des silences abyssaux. Il savait qu’après une question difficile, le vide était le meilleur moyen de forcer l’invité à en dire plus qu’il ne l’aurait souhaité.
Les confidences du pouvoir et la relation avec François Mitterrand
Si Elkabbach a connu tous les présidents, sa relation avec François Mitterrand reste la plus fascinante et la plus complexe de sa carrière. Au début des années 1980, après l’élection du président socialiste, Elkabbach, jugé trop proche du pouvoir giscardien sortant, est écarté de la télévision publique. C’est sa « traversée du désert ». Mais l’homme est résilient. Il se réfugie à la radio, sur Europe 1, où il reconstruit patiemment son influence.
Paradoxalement, c’est ce même François Mitterrand qui va lui offrir l’un des plus grands coups journalistiques de la fin du siècle. En 1994, alors que le président est rongé par la maladie et que son passé sous le régime de Vichy resurgit, il choisit Elkabbach pour une série d’entretiens télévisés crépusculaires. De ces échanges naîtra un livre, Mémoires interrompus (1996). Elkabbach recueille les dernières confidences du monarque républicain avec un mélange de respect et de froideur clinique. Il est le témoin privilégié de la fin d’une époque, confirmant son statut de gardien des secrets d’État.
La présidence de France Télévisions et l’épreuve des scandales
L’année 1993 marque l’apogée institutionnelle de Jean-Pierre Elkabbach : il est nommé président de France 2 et France 3, devenant le patron de la télévision publique française. Son mandat est marqué par un dynamisme exceptionnel. C’est lui qui lance La Cinquième (l’actuelle France 5), la chaîne du savoir et de la connaissance, prouvant qu’il est un bâtisseur et un visionnaire des médias.
Cependant, cette présidence se termine dans la tempête. En 1996, le scandale des contrats faramineux accordés aux animateurs-producteurs vedettes (Jean-Luc Delarue, Nagui, Arthur) éclate au grand jour. La presse et le Parlement dénoncent des dérives financières. Elkabbach se retrouve acculé. Accusé de mauvaise gestion, il est contraint à la démission à l’été 1996. C’est une humiliation terrible pour cet homme de pouvoir, qui voit son intégrité remise en question. Mais, comme toujours dans la vie d’Elkabbach, la chute n’est que le prélude d’une nouvelle renaissance.
Le bâtisseur de Public Sénat et le monarque d’Europe 1
Loin de se retirer, il rebondit avec une énergie stupéfiante. En 1999, il fonde et prend la présidence de la chaîne parlementaire Public Sénat. Il fait de cette chaîne institutionnelle, qui aurait pu être austère, un véritable carrefour du débat démocratique, y animant des émissions littéraires et politiques de haute tenue.
Parallèlement, il redevient le maître incontesté des matinales radiophoniques sur Europe 1. Pendant des décennies, à 8h20 tapantes, l’interview d’Elkabbach dicte l’agenda politique de la journée. Les ministres savent que s’ils survivent à l’interrogatoire d’Elkabbach, ils ont réussi leur journée. Il y accueille les grands de ce monde, de Vladimir Poutine à Yasser Arafat, mais aussi les jeunes loups de la politique française qu’il prend un malin plaisir à bousculer. En 2005, il est même nommé président d’Europe 1, cumulant à nouveau les fonctions de journaliste étoile et de dirigeant d’entreprise.
Dans sa vie privée, il partage son existence avec la romancière Nicole Avril, une femme de lettres qui lui apporte l’ancrage intellectuel et affectif nécessaire pour affronter la brutalité du monde médiatique. Il est également le père de l’actrice Emmanuelle Bach (connue pour son rôle dans la série Un village français), avec qui il entretient un lien d’une profonde tendresse.
Le dernier souffle d’un infatigable combattant de l’information
Les dernières années de sa vie sont marquées par de graves problèmes de santé, mais sa passion pour le journalisme est incurable. Après avoir quitté Europe 1, il rejoint la chaîne CNews en 2017 pour y mener des interviews dominicales. Même affaibli par une lourde opération chirurgicale en 2019, il revient à l’antenne sur Europe 1 en 2021. Jusqu’au bout, l’adrénaline du direct aura été son meilleur médicament.
En octobre 2022, il publie ses mémoires, Les Rives de la mémoire, où il raconte son enfance oranaise et ses soixante ans de face-à-face avec l’histoire. Ce livre a le goût des testaments. Jean-Pierre Elkabbach s’éteint le 3 octobre 2023 à Paris, à l’âge de 86 ans. L’annonce de sa mort déclenche une onde de choc. L’ensemble de la classe politique, de l’extrême gauche à l’extrême droite, ainsi que tous les journalistes de France, rendent hommage à celui qui fut un maître, un rival, mais surtout un monument national. Emmanuel Macron salue « un monstre sacré du journalisme ».