Qui est Georges WOLINSKI ?
Date de naissance : 29 juin 1934 (Tunis, Tunisie).
Date du décès : 7 janvier 2015 (Paris, France) à 80 ans.
Activité principale : dessinateur de presse, auteur de bande dessinée.
Où est la tombe de Georges WOLINSKI ?
La tombe de Georges WOLINSKI est située dans la division 4.
La tombe de Georges WOLINSKI au Cimetière du Montparnasse
Grave of Georges Wolinski. Cimetière du Montparnasse. Paris
Kereul, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons

Tombe de Georges et Maryse Wolinski au cimetière du Montparnasse.
ManoSolo13241324, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Georges Wolinski Tomb
Yamen, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Biographie de Georges WOLINSKI
Né à Tunis le 29 juin 1934, Georges Wolinski appartient à cette génération dont l’enfance et la jeunesse ont été traversées par les bouleversements du XXe siècle. Il passe ses premières années en Tunisie, dans un environnement méditerranéen qui restera l’un des points d’ancrage de sa mémoire. Très tôt, le dessin s’impose comme un mode d’expression naturel. Chez lui, il ne s’agit pas seulement d’un talent graphique, mais d’une manière de regarder le monde: avec curiosité, irrévérence, gourmandise et une attention constante aux travers humains. Cette disposition d’esprit, mêlant sens de l’observation et goût de la liberté, nourrira toute son œuvre.
Georges Wolinski lors du salon du livre de Paris 2011.
Thesupermat, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
Installé en France, il trouve sa voie dans le dessin de presse et la bande dessinée au moment où la satire graphique connaît un formidable renouvellement. Wolinski s’impose peu à peu par un trait immédiatement reconnaissable et par une voix singulière. Ses dessins ne cherchent pas la solennité: ils visent juste, vite, avec une fausse légèreté qui cache souvent une redoutable lucidité. Il observe la politique, les mœurs, les rapports entre les hommes et les femmes, les ridicules du pouvoir comme les contradictions de la vie quotidienne. Sa force est de faire coexister l’actualité la plus brûlante et une veine plus intime, plus sensuelle, parfois provocatrice, sans jamais perdre le goût du comique. Chez lui, le rire n’est pas un simple ornement: c’est une manière de désarmer les faux-semblants et d’exposer les hypocrisies sociales.
Sa carrière prend son essor dans la presse satirique, un univers où il joue un rôle majeur. Il collabore à des titres devenus historiques et participe pleinement à une aventure éditoriale qui transforme durablement le dessin de presse en France. Wolinski fait partie de ceux qui ont donné à la satire française un ton plus libre, plus frontal, plus insolent. Dans ses dessins, les personnalités politiques, les idéologies, les institutions et les conventions sociales sont ramenées à leur fragilité humaine. Son travail ne relève jamais du commentaire compassé: il préfère la fulgurance, l’ellipse, le décalage. Cette capacité à condenser un climat d’époque en quelques traits et quelques mots fait de lui l’un des grands chroniqueurs visuels de la vie publique française, sur plusieurs décennies.
Mais réduire Wolinski à la seule caricature politique serait passer à côté d’une part essentielle de son univers. Il est aussi un auteur de bande dessinée au sens plein, avec une œuvre abondante, marquée par une liberté de ton rare. Il explore le désir, le couple, la séduction, la jalousie, la fatigue du quotidien, les illusions et les compromis. Son humour, volontiers érotique, a souvent suscité le débat, parce qu’il se tient précisément sur cette ligne où la satire touche à l’intime. Ce qui distingue Wolinski, c’est qu’il ne peint pas des figures idéales: il s’intéresse aux êtres empêtrés dans leurs pulsions, leurs discours, leurs contradictions. Ses personnages parlent beaucoup, rêvent beaucoup, trichent parfois avec eux-mêmes, et c’est dans cet écart entre ce qu’ils disent et ce qu’ils vivent que naît le rire. Son œuvre capte quelque chose de très français: le goût de la conversation, l’obsession du sexe, la politique omniprésente, l’esprit contestataire, le plaisir de choquer aussi.
Au fil des années, il devient une figure familière du paysage médiatique et culturel. Son nom est associé à une certaine idée de la liberté d’expression, non pas comme slogan abstrait, mais comme pratique quotidienne du dessinateur confronté à l’actualité, à la censure morale, aux pressions idéologiques et au risque de déplaire. Wolinski n’a jamais cherché à lisser son regard pour convenir à tous. Il appartient à une tradition où l’humour peut être grinçant, l’insolence revendiquée, et où le dessin sert à secouer les certitudes. C’est aussi ce qui explique la place durable qu’il a occupée dans la presse: ses dessins ne se contentaient pas d’illustrer les événements, ils en révélaient souvent le noyau absurde. En cela, il a contribué à faire du dessin de presse un art de lecture du monde, à la fois populaire et exigeant.
Sa trajectoire est également celle d’un homme profondément lié aux journaux et à l’esprit collectif des rédactions, tout en conservant une personnalité très identifiable. Comme les meilleurs dessinateurs de presse, il savait inscrire sa signature dans un rendez-vous régulier avec les lecteurs. Cette fidélité dans le temps a créé une relation particulière avec le public: on retrouvait chez lui une façon bien à lui d’ouvrir la journée, de commenter un scandale, une élection, une affaire de société ou un simple travers contemporain. Son œuvre publiée dans différents supports, ainsi que ses albums, ont assuré une diffusion large de son travail et l’ont installé parmi les grands noms du dessin humoristique et satirique de la seconde moitié du XXe siècle et du début du XXIe.
Georges Wolinski meurt à Paris le 7 janvier 2015, à l’âge de 80 ans, dans l’attentat contre Charlie Hebdo, journal auquel son nom reste indissociablement lié. Sa disparition provoque une émotion considérable, bien au-delà du seul monde de la presse et du dessin. Parce qu’il incarnait une histoire longue de la satire française, parce que son œuvre avait accompagné plusieurs générations de lecteurs, et parce qu’il payait de sa vie cette liberté qu’il n’avait jamais cessé d’exercer, sa mort a pris une portée nationale et internationale. Pourtant, au-delà du symbole, demeure l’essentiel: un dessinateur d’une fécondité exceptionnelle, un observateur aigu de son temps, un homme qui a su faire de quelques traits l’espace d’un rire inquiet, tendre, parfois cruel, mais toujours vivant. Son œuvre reste celle d’un regard libre, immédiatement reconnaissable, qui a accompagné les métamorphoses de la société française en les moquant sans relâche et en les racontant mieux que bien des discours.

Signature du dessinateur Wolinski.
Wolinski, Public domain, via Wikimedia Commons