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Tombe : Zao WOU-KI

Qui est Zao WOU-KI ?

Date de naissance : 1 février 1920 (Pékin, Chine).
Date du décès : 9 avril 2013 (Nyon, Suisse) à 93 ans.
Activité principale : peintre, graveur.

Où est la tombe de Zao WOU-KI ?

La tombe de Zao WOU-KI est située dans la division 1.

La tombe de Zao WOU-KI au Cimetière du Montparnasse

Tombe au cimetière Montparnasse (Paris) de la deuxième épouse du peintre français d’origine chinoise Zao Wou-Ki
Michel-georges bernard, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Zao Wou-Ki repose dans la 1ère division du cimetière du Montparnasse.
Il partage cette sépulture avec sa deuxième épouse, May Zao. Le nom de May est gravé à ses côtés, rappelant l’importance cruciale qu’elle a eue dans sa vie et son œuvre.

la conception artistique du monument (et particulièrement les formes en marbre blanc) revient à May Zao. Elle était elle-même une sculptrice de talent, formée à l’art moderne. Elle a réalisé ces pièces pour orner sa propre sépulture lorsqu’elle est décédée prématurément en 1972. Zao Wou-Ki, profondément marqué par sa disparition, a rejoint cette tombe quarante et un ans plus tard, en 2013, conservant l’œuvre de sa femme comme ultime décor.

Zao Wou-Ki

Le sens de ces formes

Les deux formes en marbre blanc contrastent violemment avec le granit noir de la stèle pour plusieurs raisons symboliques :

  • Le dialogue des arts : May Zao a conçu ces formes organiques et « rebondies » en écho au travail de son mari. Alors que lui peignait l’immatériel et le souffle sur la toile, elle cherchait à donner corps et volume au « vide » à travers la pierre.
  • La vie et la mort (Yin et Yang) : Le choix du marbre blanc (lumineux, organique, vivant) posé sur le granit noir (sombre, rigide, éternel) illustre parfaitement la pensée dualiste chinoise. Ces formes blanches représentent le mouvement et la vie qui continuent de vibrer, même dans le silence du cimetière.
  • La féminité : La douceur des courbes de ces sculptures évoque une présence féminine protectrice. Pour Zao Wou-Ki, ces formes étaient le rappel constant de la présence de May, transformant la tombe en un espace de rencontre artistique entre la peinture et la sculpture.

C’est cette collaboration posthume qui fait de la division 1 un lieu si précieux : ici, ce n’est pas seulement un grand peintre qui repose, mais un couple d’artistes qui continue de dialoguer à travers les matières.

Cette vidéo explore le lien indéfectible entre Zao Wou-Ki et le quartier de Montparnasse, là où il a forgé son style unique au contact des plus grands artistes de son temps. (Exposition 2019)

Biographie de Zao WOU-KI

Zao Wou-Ki était un peintre célèbre du XXe siècle ; il était le pont vivant entre deux millénaires de tradition picturale chinoise et l’effervescence de l’abstraction occidentale. Son œuvre est une quête permanente pour saisir l’insaisissable : le vent, la lumière, le mouvement du vide et le souffle de l’univers. Pour le visiteur du cimetière du Montparnasse, sa tombe dans la division 1 est un arrêt nécessaire pour saluer celui qui a réconcilié l’encre de Chine et l’huile européenne dans une fusion poétique unique.

La jeunesse chinoise et les racines de la calligraphie

Tout commence le 1er février 1920 à Pékin. Issu d’une famille d’intellectuels et de lettrés dont les racines remontent à la dynastie Song, Zao Wou-Ki baigne dès l’enfance dans une atmosphère de haute culture. Son père, banquier mais aussi calligraphe amateur, l’encourage très tôt à explorer les arts. À l’âge de dix ans, le jeune Zao dessine déjà avec une assurance remarquable.

Il intègre l’école des beaux-arts de Hangzhou à l’âge de quinze ans. Durant six années d’études intenses, il apprend les techniques traditionnelles chinoises tout en commençant à regarder vers l’Occident. Il se passionne pour les reproductions de tableaux de Cézanne, Matisse et Picasso qu’il découvre dans les revues étrangères. Très vite, il ressent le besoin de s’extraire d’une tradition qu’il juge alors trop figée dans la répétition de modèles anciens. Il veut peindre le mouvement, et non plus seulement l’apparence des choses. C’est cette soif de liberté qui le pousse, au lendemain de la seconde guerre mondiale, à prendre une décision radicale : partir pour Paris.

l’arrivée à paris et la conquête de montparnasse

Le 1er avril 1948, après une traversée de trente-six jours, Zao Wou-Ki débarque à Marseille puis rejoint Paris. Le jour même de son arrivée, il se rend au musée du Louvre, où il reste plusieurs heures devant les maîtres classiques. Il s’installe dans un petit atelier à Montparnasse, rue du Moulin-Vert, à quelques pas seulement de l’atelier d’Alberto Giacometti.

Le Montparnasse de l’après-guerre est un bouillonnement intellectuel permanent. Zao Wou-Ki se lie d’amitié avec les plus grands artistes et poètes de son temps : outre Giacometti, il fréquente Joan Miró, Hans Hartung, Jean-Paul Riopelle et surtout Henri Michaux. Ce dernier devient son ami le plus proche et le premier grand défenseur de son œuvre. Michaux perçoit immédiatement que le travail de Zao Wou-Ki n’est pas une simple imitation de l’art occidental, mais une réinvention totale de la vision spatiale.

La rencontre avec paul klee et la naissance de l’abstraction

Au début des années 1950, Zao Wou-Ki traverse une période de transition fondamentale. Sa peinture est encore figurative, mais elle tend vers une simplification extrême. C’est lors d’un voyage en Suisse qu’il découvre l’œuvre de Paul Klee. C’est un choc esthétique. Chez Klee, il voit comment des signes minuscules peuvent structurer un espace immense.

Influencé par cette découverte, Zao Wou-Ki commence à intégrer des signes ressemblant à des idéogrammes anciens dans ses toiles. Mais dès 1954, il franchit un pas supplémentaire : les signes se dissolvent, les formes s’effacent au profit de grandes masses colorées et de mouvements d’énergie. Il abandonne les titres descriptifs pour ne dater ses œuvres que par le jour de leur achèvement. L’abstraction lyrique de Zao Wou-Ki est née. Il ne peint plus des paysages, il peint le sentiment du paysage ; il ne peint plus la nature, il peint les forces qui la traversent.

May Zao et les années de passion et de tourments

La vie personnelle de Zao Wou-Ki est intimement liée à son évolution artistique. Après un premier mariage en Chine avec Lan-Lan, il rencontre en 1958 à Hong Kong une jeune actrice et sculptrice nommée Chan May-Kan, qu’il ramène à Paris. Elle devient May Zao. Elle est sa muse, sa lumière, mais aussi sa douleur. May souffre de troubles psychiatriques profonds qui s’aggravent avec les années.

Durant cette période, la peinture de Zao Wou-Ki gagne en tragique et en puissance. Les formats s’agrandissent, les noirs deviennent plus denses, les contrastes plus violents. Il exprime sur la toile les tempêtes intérieures qu’il traverse. May Zao se donne la mort en 1972, à l’âge de 41 ans. Ce drame laisse le peintre anéanti. Il cesse de peindre pendant plusieurs mois. Lorsqu’il reprend ses pinceaux, son style a changé : il revient à l’encre de Chine, un médium qu’il avait longtemps délaissé, trouvant dans la fluidité de l’eau et du noir une voie vers l’apaisement. Sa sépulture au Montparnasse, où il repose à ses côtés, témoigne de cet amour éternel.

Le triomphe de l’abstraction lyrique et la reconnaissance mondiale

À partir des années 1980, Zao Wou-Ki est considéré comme l’un des plus grands maîtres vivants. Ses expositions se succèdent dans les plus grands musées du monde, de Tokyo à New York. En France, il reçoit tous les honneurs : il est naturalisé français en 1964 grâce à l’intervention d’André Malraux et est élu à l’académie des beaux-arts en 2002.

Sa peinture devient plus lumineuse, plus transparente. Il maîtrise l’espace comme personne, créant des profondeurs infinies où l’œil se perd. Ses triptyques monumentaux sont comparés aux Nymphéas de Claude Monet. Zao Wou-Ki a réussi l’impossible : il a redonné à la peinture abstraite une dimension spirituelle et cosmique, loin des jeux purement formels. Il est devenu l’artiste de la « nature intérieure », celui qui rend visible l’invisible.

Une fin de vie entre la france et la suisse

En 1977, Zao Wou-Ki épouse Françoise Marquet, conservatrice du patrimoine, qui jouera un rôle essentiel dans l’organisation et la protection de son œuvre. Les dernières années de sa vie sont marquées par une sérénité créatrice, malgré une santé déclinante. Il s’installe en Suisse, au bord du lac Léman, un paysage dont la lumière et les brumes rappellent les peintures de la dynastie Song de son enfance.

Zao Wou-Ki s’éteint à Nyon, en Suisse, le 9 avril 2013, à l’âge de 93 ans. Sa disparition déclenche une vague d’hommages à travers le monde, tant il symbolisait la capacité de l’art à transcender les frontières nationales et culturelles. Conformément à ses souhaits, il est ramené à Paris pour être inhumé au cimetière du Montparnasse, au cœur de ce quartier qui l’avait accueilli soixante-cinq ans plus tôt.

Signatures du peintre Zao Wou-Ki, scan d’après catalogue.
Michel-georges bernard, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons