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Tombe : Jean-Marc REISER

Qui est Jean-Marc REISER ?

Date de naissance : 13 avril 1941 (Réhon, Meurthe-et-Moselle, France).
Date du décès : 5 novembre 1983 (Paris 4e, France) à 42 ans.
Activité principale : Créateur de bandes dessinées, dessinateur humoristique, affichiste, illustrateur.
Nom de naissance : Jean-Marc Roeiser.
Pseudonyme : Reiser.

Où est la tombe de Jean-Marc REISER ?

La tombe de Jean-Marc REISER est située dans la division 13

La tombe de Jean-Marc REISER au Cimetière du Montparnasse

Tombe de Reiser au Cimetière du Montparnasse.
The original uploader was Albachiara at French Wikipedia., CC BY-SA 2.5, via Wikimedia Commons

Une autre vue de la tombe de Reiser.
The original uploader was Albachiara at French Wikipedia., CC BY-SA 2.5, via Wikimedia Commons

Biographie de Jean-Marc REISER

Dans l’histoire de la bande dessinée et du dessin d’humour, il y a un avant et un après Reiser. Disparu prématurément au début des années 80, Jean-Marc Reiser n’était pas seulement un dessinateur ; il était un sismographe des pulsions humaines, un visionnaire de l’écologie et le maître incontesté du trait « sale » qui frappe juste. Pour le visiteur qui s’arrête devant sa sépulture au cimetière du Montparnasse, c’est toute la fureur de vivre, la liberté de ton et la lucidité d’une époque qui ressurgissent. Voici le récit d’une vie brève, mais d’une intensité créatrice qui continue de bousculer nos consciences.

L’enfance lorraine et l’éveil d’un regard autodidacte

Jean-Marc Roeiser naît dans une France en guerre (13 avril 1941 à Réhon, Meurthe-et-Moselle), au sein d’un milieu modeste. Son enfance est marquée par une certaine solitude et une observation aiguë du monde qui l’entoure. Très tôt, le dessin devient son moyen d’expression privilégié, non pas comme un loisir, mais comme une nécessité de traduire l’absurdité du quotidien.

Garçon indépendant, il ne s’épanouit pas dans le carcan scolaire. Il est ce qu’on appelle un autodidacte pur. Après avoir quitté l’école, il commence à travailler très jeune, notamment comme coursier aux vins Nicolas. C’est dans cette vie de « petit employé » qu’il puise ses premiers personnages : des gens ordinaires, des gagne-petit, des frustrés et des rêveurs. Il observe les bistrots, les rues de Paris et la lassitude des travailleurs. Son trait, encore hésitant, cherche déjà à capturer la vérité derrière l’apparence.

L’aventure Hara-Kiri et la révolution du dessin de presse

Le tournant décisif survient en 1960. Jean-Marc, qui signe désormais Reiser, rencontre Fred, Cavanna et le Professeur Choron. Ensemble, ils fondent Hara-Kiri, le journal « bête et méchant ». C’est une explosion de liberté. Dans cette équipe de génies (Cabut, Wolinski, Gébé), Reiser se distingue par une radicalité graphique absolue.

Il rompt avec le dessin académique pour inventer un style qui semble jeté sur le papier : des personnages aux gros nez, aux membres dégingandés, souvent dénudés ou dans des postures grotesques. Mais derrière cette apparente négligence se cache une précision chirurgicale de l’émotion. Reiser n’illustre pas une blague, il dessine une situation psychologique. Ses personnages crient, transpirent, jouissent et souffrent. Il devient le pilier du journal, puis de Pilote et de Charlie Hebdo, imposant une vision du monde où la vulgarité n’est qu’un miroir tendu à la bêtise de la société.

Les thèmes visionnaires : écologie, féminisme et énergie solaire

Ce qui fait de Reiser un biographe de son temps, c’est sa capacité à anticiper les grands débats de société. Bien avant que l’écologie ne devienne un sujet politique majeur, Reiser s’en empare avec une ferveur passionnée. Il fustige la pollution, le bétonnage des côtes et la société de consommation. Ses dessins sur la « vie au grand air » sont à la fois des odes à la nature et des satires féroces de l’urbain qui tente de s’en approprier les restes.

Plus surprenant encore pour l’époque, Reiser est un fervent défenseur de l’énergie solaire. Il ne se contente pas de la dessiner ; il étudie les plans, construit des prototypes de capteurs solaires et prône une autonomie énergétique radicale. Parallèlement, ses personnages féminins, comme l’inoubliable Jeanine, sont d’une modernité frappante. Il décrit des femmes libérées, conscientes de leur corps et de leurs désirs, bravant le puritanisme avec une franchise qui, aujourd’hui encore, reste d’une actualité brûlante.

Le gros dégueulasse et la tendresse de l’abject

L’œuvre de Reiser est indissociable de son personnage le plus célèbre : Le Gros Dégueulasse. Vêtu d’un slip kangourou douteux, une tache de gras sur le ventre, ce personnage incarne tout ce que la société rejette. Pourtant, à travers lui, Reiser exprime une philosophie profonde. Le Gros Dégueulasse est le seul être véritablement libre, celui qui refuse les faux-semblants, les conventions sociales et l’hypocrisie de la bienséance.

Sous la plume de Reiser, l’abject devient attendrissant. Il y a une immense tendresse pour ces marginaux, ces « ratés » magnifiques qui préfèrent leur liberté à leur confort. Reiser ne juge jamais ses personnages ; il les montre dans leur vérité biologique. Cette absence de jugement donne à ses planches une dimension humaniste que peu de dessinateurs ont atteinte. Il nous force à regarder ce que nous cachons, non pas pour nous dégoûter, mais pour nous libérer.

La vie privée : l’homme derrière le trait féroce

Dans sa vie personnelle, Jean-Marc Reiser était un homme très différent de l’image provocatrice de ses dessins. Marié à Michèle Rist, qui fut sa compagne fidèle et son soutien, il menait une existence plutôt discrète, loin des mondanités. Passionné par l’aviation, il aimait piloter son propre avion, cherchant là encore une forme de liberté absolue et de prise de hauteur sur le monde.

Ses collègues de Charlie Hebdo décrivent un travailleur acharné, capable de produire des dizaines de dessins pour n’en garder qu’un seul. Il était un homme de convictions, d’une grande culture technique et d’une curiosité intellectuelle insatiable. Sa relation avec sa femme était un ancrage nécessaire pour cet esprit qui passait ses journées à disséquer la folie humaine. Malgré le succès, il était resté cet homme simple, attaché à ses racines lorraines et à une certaine forme d’honnêteté intellectuelle.

Une fin brutale

La tragédie frappe Reiser alors qu’il est au sommet de son art. En 1982, il commence à souffrir de douleurs osseuses. Le diagnostic est terrible : un cancer des os (un mélanome malin) l’attaque violemment. Il affronte la maladie avec un courage et une pudeur qui forcent l’admiration de ses proches. Même affaibli, il continue de dessiner, utilisant son art comme une ultime résistance.

Il s’éteint le 5 novembre 1983 à Paris, à l’âge de 42 ans seulement, les hommages affluent de toutes parts.

Signature du dessinateur Jean-Marc Reiser.
Reiser, Public domain, via Wikimedia Commons