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Tombe : Claude SARRAUTE

Qui est Claude SARRAUTE ?

Date de naissance : 24 juillet 1927 (Paris 16, France).
Date du décès : 20 juin 2023 (Paris 4e, France) à 95 ans.
Activité principale : Journaliste, chroniqueuse de radio.
Nom de naissance : Claude Élisabeth Sarraute.

Où est la tombe de Claude SARRAUTE ?

La tombe de Claude SARRAUTE est située dans la division 10.

La tombe de Claude SARRAUTE au Cimetière du Montparnasse

Tombe de Jean-François Revel, cimetière du Montparnasse, division 10. Le nom de sa seconde épouse, Claude Sarraute, y a été inscrit par anticipation.
Wikimedia Commons / Mu, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Biographie de Claude SARRAUTE

Dans le paysage médiatique français, il est des voix qui ne ressemblent à aucune autre. Celle de Claude Sarraute, disparue en juin 2023 à l’âge de 95 ans, était de celles-là : un mélange unique de culture classique, de gouaille parisienne et d’une liberté de ton absolue. Fille de la grande Nathalie Sarraute, elle a su s’extraire de l’ombre d’un nom illustre pour devenir une icône populaire, prouvant que l’on pouvait être à la fois une intellectuelle exigeante et la « copine » préférée des Français. Pour le visiteur qui s’arrête devant sa sépulture au cimetière du Montparnasse, son parcours raconte un siècle d’esprit français, marqué par l’humour, le refus des tabous et une insatiable curiosité pour les autres.

L’héritage d’un nom et la quête d’une identité propre

Tout commence le 24 juillet 1927 à Paris, dans le 16e arrondissement. Claude Élisabeth Sarraute naît sous une étoile littéraire écrasante. Sa mère, Nathalie Sarraute, est l’une des figures de proue du « Nouveau Roman », une théoricienne de l’écriture dont l’œuvre marquera l’histoire des lettres mondiales. Son père, Raymond Sarraute, est un avocat de renom. Grandir dans un tel foyer, c’est baigner dans les mots, les concepts et une certaine exigence intellectuelle qui peut s’avérer intimidante.

Pourtant, la jeune Claude manifeste tôt un tempérament qui détonne. Si elle hérite de sa mère le goût de l’analyse et la précision du langage, elle y ajoute une dimension qui manquait parfois aux salons littéraires : la fantaisie et une forme de rébellion joyeuse. Elle ne veut pas être une « fille de » qui s’efface. Après de brillantes études de lettres et de droit, elle s’essaie brièvement au théâtre, cherchant sa propre voie sous les projecteurs. Elle monte sur scène, joue quelques rôles, mais comprend vite que sa véritable scène à elle, c’est celle de l’écrit et du débat d’idées, mais sur un ton qui lui appartienne en propre.

Les années de formation et l’entrée au journal Le Monde

En 1952, elle fait son entrée au journal Le Monde. À l’époque, le quotidien dirigé par Hubert Beuve-Méry est une institution austère, presque sacerdotale. Claude Sarraute va y passer trente-cinq ans de sa vie, mais elle va y insuffler un vent de fraîcheur inédit. Elle commence par s’occuper des rubriques « Vie sociale » et « Télévision ».

C’est dans la critique de télévision qu’elle va véritablement imposer son style. Elle ne se contente pas de juger les programmes ; elle observe la France à travers son petit écran. Elle écrit avec une plume acérée, n’hésitant pas à être féroce, mais toujours avec une pointe d’humour qui rend ses critiques savoureuses. Elle invente une manière de parler des médias qui mêle la grande culture et l’observation sociologique des mœurs quotidiennes. Pour elle, la télévision n’est pas un sous-genre, c’est le miroir grossissant de nos travers et de nos aspirations.

La plume de « sur le vif » et l’invention d’un style

Le sommet de sa carrière journalistique est sans doute sa chronique quotidienne intitulée « Sur le vif ». Dans ce billet d’humeur, elle s’autorise tout. Elle y parle de politique, de mode, de cinéma, mais surtout des petits riens de l’existence qui disent tout d’une époque. Elle utilise le « je », ce qui est révolutionnaire au journal Le Monde. Elle raconte ses rencontres, ses agacements, ses coups de cœur.

Elle développe un style unique : des phrases courtes, un usage malicieux des onomatopées, des points d’exclamation qui ponctuent ses indignations de Parisienne branchée. Elle devient le visage humain et souriant d’un journal réputé pour sa froideur. Les lecteurs attendent sa chronique comme on attend les nouvelles d’une amie un peu excentrique mais incroyablement lucide. Elle prouve alors qu’on peut être sérieuse sans se prendre au sérieux, une leçon qu’elle appliquera tout au long de sa vie.

L’icône populaire : de la presse sérieuse aux Grosses Têtes

Alors que beaucoup auraient pu se contenter d’une fin de carrière confortable dans la presse écrite, Claude Sarraute va vivre une seconde vie médiatique foudroyante à partir des années 1980. Elle rejoint l’équipe des Grosses Têtes sur RTL, sous l’égide de Philippe Bouvard. Elle y devient la « caution intellectuelle » qui n’hésite pas à descendre dans l’arène de la gaudriole.

Son rire rocailleux, son sens de la répartie et sa capacité à s’amuser d’elle-même font d’elle une star de la radio. Plus tard, elle rejoint la bande à Ruquier, que ce soit à la radio ou à la télévision dans On a tout essayé. Elle y incarne la grand-mère idéale mais indigne, celle qui parle de sexe, d’argent et de politique avec une liberté totale, brisant tous les clichés sur le troisième âge. Pour le grand public, elle n’est plus seulement la fille de Nathalie Sarraute, elle est « la Claude », une femme d’une modernité absolue qui refuse de se laisser enfermer dans les convenances.

L’écriture du corps et la liberté de vieillir

Parallèlement à ses activités médiatiques, Claude Sarraute publie plusieurs ouvrages qui rencontrent un grand succès. Dans des livres comme Allo, loli-lo, Dis donc ! ou Belle toute crue, elle explore la condition féminine avec une franchise désarmante. Elle est l’une des premières à parler ouvertement, et avec beaucoup d’humour, des défis de la vieillesse, du rapport au corps qui change, de la chirurgie esthétique et du désir qui persiste malgré les années.

Elle refuse le politiquement correct et le jeunisme ambiant. Elle revendique le droit d’être une femme âgée et de continuer à exister, à séduire et à s’amuser. Ses écrits sont des manifestes de liberté. Elle y raconte sa vie avec une honnêteté qui touche les lectrices de toutes les générations. Pour elle, l’écriture n’est pas un exercice de style, c’est un moyen de rester vivante, de rester connectée au monde et de continuer à dialoguer avec ses contemporains.

Une vie de passions et de fidélités amoureuses

La vie privée de Claude Sarraute fut à l’image de son tempérament : riche et intense. Elle s’est mariée trois fois. Son premier mariage avec l’historien et journaliste américain Stanley Karnow se solde par un divorce. Son second mariage avec le photographe Giancarlo Botti lui donne deux fils, Laurent et Martin. Mais c’est sa rencontre avec le philosophe et académicien Jean-François Revel qui sera le grand tournant de sa vie affective.

Avec Revel, elle forme un couple intellectuel et passionné pendant près de quarante ans. Ils partagent tout : les voyages, les débats passionnés, l’amour de la bonne chère et une certaine vision de la liberté. Ensemble, ils auront un fils, Nicolas, et Claude adoptera également la fille de Jean-François, Véronique. Leur union était un mélange de respect mutuel et d’indépendance. Claude a souvent raconté avec émotion leur complicité et la manière dont ils s’épaulaient dans leurs travaux respectifs. La mort de Revel en 2006 sera une épreuve immense, mais elle saura puiser dans ses souvenirs la force de continuer à croquer la vie.

Le crépuscule d’une grande dame de l’esprit

Claude Sarraute a traversé les dernières années de sa vie avec la même curiosité qu’elle avait à vingt ans. Malgré une vue qui baissait et une fatigue physique croissante, elle restait connectée à l’actualité, lisait les journaux et gardait ce regard malicieux sur le monde. Elle n’avait pas peur de la mort, mais elle regrettait de devoir quitter la « fête ».

Elle s’éteint le 20 juin 2023 à Paris, dans son appartement du 4e arrondissement, à l’âge de 95 ans.