Qui est Henri ALEKAN ?
Date de naissance : 10 février 1909 (Paris, France).
Date du décès : 15 juin 2001 (Auxerre, France) à 92 ans.
Activité principale : directeur de la photographie.
Où est la tombe d’Henri ALEKAN ?
La tombe d’Henri ALEKAN est située dans la division 29.
La tombe d’Henri ALEKAN au Cimetière du Montparnasse

Tombe d’Henri Alekan au cimetière du Montparnasse.
ManoSolo13241324, CC0, via Wikimedia Commons
Sépulture importante pour les cinéphiles et les amoureux de photographie de cinéma. Elle attire surtout les visiteurs qui connaissent son travail avec Cocteau, Wenders ou Carné.
Biographie d’Henri ALEKAN
Né à Paris le 10 février 1909, Henri Alekan appartient à cette génération qui a grandi avec le cinéma et qui a contribué à en faire un art majeur. Il entre très tôt dans un univers où la technique et la poésie peuvent se rejoindre. Formé dans les métiers de l’image à une époque où le cinéma français se structure rapidement, il découvre les exigences des plateaux, le travail patient de la lumière, et la place décisive du directeur de la photographie dans la fabrication d’un film. Avant de devenir l’un des plus grands chefs opérateurs français, il apprend le métier à la manière des artisans d’alors, au contact des studios, des caméras, des projecteurs et des équipes. Cette formation concrète, rigoureuse, fondée sur l’observation autant que sur la pratique, explique en grande partie la sûreté de son style et l’autorité qu’on lui reconnaîtra ensuite durant plusieurs décennies.
Ses débuts professionnels s’inscrivent dans le cinéma français des années 1930, période d’intense créativité marquée par l’essor du parlant et par une recherche visuelle très élaborée. Henri Alekan y forge peu à peu une signature. Son travail se distingue par une intelligence rare du noir et blanc, par l’attention portée aux matières, aux volumes, aux visages, et par une science très fine des contrastes. Chez lui, la lumière n’est jamais un simple moyen d’éclairer une scène : elle devient un langage. Elle sculpte l’espace, accompagne l’émotion, révèle les zones de mystère ou de fragilité d’un personnage. Cette sensibilité plastique, alliée à une grande maîtrise technique, le conduira à travailler avec des cinéastes majeurs et à participer à quelques-unes des œuvres les plus marquantes du cinéma français d’après-guerre.
Son nom reste indissociable de La Belle et la Bête de Jean Cocteau, réalisé en 1946, dont l’invention visuelle demeure exemplaire. Dans ce film devenu classique, Henri Alekan compose des images qui semblent relever à la fois du conte, du rêve et de la peinture. Les ombres, les effets de profondeur, les halos, les mouvements de flamme, le modelé des décors et des visages donnent au film son atmosphère unique. Loin de n’être qu’un technicien virtuose, il y révèle sa capacité à faire surgir à l’écran un monde autonome, régi par ses propres lois, sans jamais perdre la lisibilité du récit. Cette réussite a durablement installé sa réputation. Son travail a montré qu’une photographie de cinéma pouvait créer un imaginaire à part entière, et pas seulement enregistrer ce qui se passe devant la caméra.
Au fil de sa carrière, Henri Alekan collabore avec des réalisateurs d’univers très différents, ce qui témoigne de son adaptabilité autant que de son prestige. Il travaille notamment sur des films qui exigent tantôt un grand lyrisme visuel, tantôt une approche plus dépouillée, plus intérieure. On lui doit ainsi l’image de Les Ailes du désir de Wim Wenders, œuvre essentielle dans laquelle son art trouve un nouvel accomplissement. La photographie de ce film, qui joue de la tension entre noir et blanc et couleur, entre perception humaine et regard des anges, compte parmi les créations les plus admirées de la fin du XXe siècle. Henri Alekan y déploie une nouvelle fois son sens de la métamorphose visuelle, sa manière de faire de l’image non seulement un support narratif, mais une expérience sensible. Cette seconde reconnaissance internationale, bien après ses grands travaux français, souligne la longévité exceptionnelle de son parcours.
Ce qui frappe dans l’ensemble de son œuvre, c’est la constance d’une conception profondément artistique du métier. Henri Alekan a toujours défendu l’idée que la photographie de cinéma naît d’un dialogue entre la précision technique et l’intuition. Il ne sépare pas l’outil de la vision. Dans son travail, le choix d’une source lumineuse, d’un filtre, d’une diffusion, d’une intensité ou d’un contraste n’est jamais neutre : chaque décision participe à une dramaturgie. Il fait partie de ces chefs opérateurs qui ont donné à leur profession une visibilité nouvelle, en rappelant que l’image d’un film résulte d’une écriture à part entière. Son influence a été d’autant plus forte qu’elle s’est exercée dans la durée, auprès de cinéastes, de techniciens et de générations plus jeunes pour lesquelles il a représenté un modèle d’exigence.

Amos Gitai & Henri Alekan 1986
Gal deren d, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
Henri Alekan ne s’est pas contenté d’une pratique de plateau. Il a aussi transmis son expérience et sa réflexion sur le cinéma. Cette volonté de partage prolonge naturellement sa carrière : chez lui, l’art de filmer ne se réduit pas à une somme de recettes, mais procède d’une culture du regard, d’une mémoire des images et d’une attention au monde. Il appartient à ces grandes figures qui relient l’histoire artisanale du cinéma de studio à une modernité plus libre, plus internationale. Ayant traversé le noir et blanc classique, les mutations techniques du matériel, l’évolution des tournages et des esthétiques, il a su rester fidèle à l’essentiel : la capacité de la lumière à produire une émotion juste.
Sa longue vie couvre presque un siècle d’histoire du cinéma. Né dans le Paris de la Belle Époque, actif à l’âge des grands studios, reconnu dans l’après-guerre, toujours sollicité à un âge avancé, il incarne une continuité rare entre plusieurs époques du septième art. Henri Alekan meurt le 15 juin 2001 à Auxerre, à l’âge de 92 ans. Il laisse l’image d’un créateur discret mais capital, dont le nom reste attaché à quelques chefs-d’œuvre et à une certaine idée de la beauté cinématographique. Dans l’histoire du cinéma français et européen, il demeure l’un de ceux qui ont le mieux compris que la lumière ne sert pas seulement à rendre les choses visibles, mais à leur donner une âme.