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Tombe : Jacqueline WORMS DE ROMILLY

Qui est Jacqueline WORMS DE ROMILLY ?

Date de naissance : 26 mars 1913 (Chartres, France).
Date du décès : 18 décembre 2010 (Boulogne-Billancourt, France) à 97 ans.
Activité principale : Académicienne, professeure, helléniste et linguiste.

Où est la tombe de Jacqueline WORMS DE ROMILLY ?

La tombe de Jacqueline WORMS DE ROMILLY est située dans la division 10.

La tombe de Jacqueline WORMS DE ROMILLY au Cimetière du Montparnasse

Biographie de Jacqueline WORMS DE ROMILLY

Née à Chartres le 26 mars 1913, Jacqueline Worms de Romilly s’est imposée au fil du XXe siècle comme l’une des grandes voix françaises des études grecques, à la fois professeure, helléniste et linguiste, mais aussi passeuse passionnée d’un patrimoine intellectuel qu’elle n’a cessé de défendre. Son parcours, d’une remarquable ampleur, s’inscrit dans une double fidélité : au texte grec, qu’elle approche avec une exigence de précision et de rigueur, et à la cité, au sens civique du terme, tant elle a cherché dans l’Antiquité des ressources pour éclairer les questions modernes. L’œuvre de Jacqueline de Romilly a ainsi contribué à faire sortir la culture classique d’un cercle étroit d’initiés en la rendant lisible, vivante, et profondément liée à l’idée de démocratie et de liberté.

Très tôt, elle s’oriente vers les lettres et la langue, avec une prédilection nette pour le grec ancien, dont elle explore autant la beauté que la puissance de pensée. Sa réputation se construit dans le monde universitaire par un travail patient sur les textes, mené au plus près des mots, des nuances et des structures. Helléniste au sens plein, elle n’en reste pas à l’érudition : elle s’intéresse à la manière dont une civilisation se raconte, argumente, persuade, forme ses citoyens, invente ses mythes et ses institutions. Cette attention au langage, au raisonnement, aux formes de discours, la place naturellement au croisement de la philologie et de la réflexion sur la vie publique. Chez elle, l’étude du grec n’est jamais une nostalgie, mais une méthode pour mieux comprendre ce que les sociétés attendent de leurs valeurs, de leurs lois, de leur éducation.

Le développement de sa carrière se lit aussi comme une ascension au sein des instances les plus prestigieuses du savoir en France, où elle figure parmi les personnalités qui ont compté pour la visibilité des études classiques. Professeure reconnue, elle marque des générations d’élèves et d’étudiants par une manière d’enseigner qui fait place à l’intelligence du texte autant qu’au plaisir de la lecture. Elle sait rappeler, sans dogmatisme, que les œuvres antiques ne sont pas des monuments figés : ce sont des voix qui questionnent encore l’autorité, la guerre, la justice, l’ambition, la fragilité des équilibres politiques. Son intérêt pour la langue s’accompagne d’un sens aigu des contextes historiques, et d’une volonté de ne pas séparer la forme littéraire des enjeux de pensée qu’elle porte.

Jacqueline de Romilly devient une figure très identifiée du grand public lorsque sa parole déborde le cadre strictement universitaire. À travers ses essais, ses interventions et ses prises de position, elle défend avec constance la place des humanités et du grec dans la formation intellectuelle. Son combat n’a rien d’un repli : il se nourrit au contraire d’une conviction que la fréquentation des textes fondateurs affûte l’esprit critique, apprend à nommer finement les sentiments et les conflits, et donne des repères pour penser la vie collective. Cette présence dans le débat culturel s’accompagne d’un style d’expression clair, souvent animé, où l’érudition reste au service d’une idée simple : la culture classique peut aider à comprendre le présent, à condition d’être transmise et expliquée.

Élue à l’Académie française, elle incarne aussi, dans l’espace symbolique de l’institution, la reconnaissance d’une discipline et d’un type de travail souvent discret. Son entrée sous la Coupole consacre une vie donnée aux lettres et à la langue, et met en lumière une œuvre qui n’a cessé de relier la Grèce ancienne à des interrogations très contemporaines sur la liberté, la responsabilité et la parole publique. Pour de nombreux lecteurs, elle devient alors l’un des visages de la défense des savoirs humanistes, non pas comme simple héritage, mais comme exercice vivant : lire, traduire, commenter, faire entendre la complexité sans perdre la netteté du propos. Son autorité intellectuelle se double d’une capacité rare à s’adresser à tous, sans simplifier à outrance.

La fin de sa vie prolonge cette fidélité : même avec l’âge, Jacqueline de Romilly reste associée à une exigence de transmission et à une présence morale dans le monde des lettres. Son nom demeure attaché à l’idée que les textes grecs offrent des modèles d’analyse et de débat, qu’ils révèlent les tensions de la démocratie autant qu’ils en disent l’idéal. Elle s’éteint le 18 décembre 2010 à Boulogne-Billancourt, à l’âge de 97 ans, laissant l’image d’une grande académicienne et d’une pédagogue, dont l’influence dépasse le cercle des spécialistes. Son parcours rappelle que l’étude des langues anciennes, loin d’être un simple exercice scolaire, peut devenir une aventure intellectuelle au long cours, capable d’éclairer une époque et d’enrichir durablement la vie culturelle.