Qui est Madeleine RIFFAUD ?
Date de naissance : 23 août 1924 (Arvillers, France).
Date du décès : 6 novembre 2024 (Paris, France) à 100 ans.
Activité principale : résistante, journaliste, poétesse.
Où est la tombe de Madeleine RIFFAUD ?
La tombe de Madeleine RIFFAUD est située dans la division 29.
La tombe de Madeleine RIFFAUD au Cimetière du Montparnasse
Sépulture devenue lieu de recueillement pour la mémoire de la Résistance, du journalisme et de la poésie engagée.
Biographie de Madeleine RIFFAUD
Il est des vies qui semblent contenir plusieurs siècles, des destinées si denses qu’elles paraissent avoir été écrites par un romancier épris d’héroïsme. Madeleine Riffaud, disparue au seuil de l’hiver 2024 après avoir franchi le cap des cent ans, fut de cette trempe. Résistante de la première heure, poétesse adoubée par les plus grands, journaliste de guerre infatigable et témoin des douleurs du monde, elle a traversé le XXe siècle non pas comme une spectatrice, mais comme une force agissante. Pour le visiteur qui s’incline devant sa tombe au cimetière du Montparnasse, c’est toute l’histoire de l’engagement français qui se réveille.
L’enfance et l’éclosion d’une révolte
Tout commence le 23 août 1924 à Arvillers, dans une Somme encore balafrée par les cicatrices de la Grande Guerre. Madeleine naît dans une famille d’instituteurs, un milieu où le livre est sacré et où la République n’est pas un vain mot. Son père, ancien combattant, lui transmet le sens du devoir et une horreur viscérale de l’injustice. Mais la jeunesse de Madeleine est aussi marquée par la fragilité : atteinte de tuberculose, elle doit passer une partie de son adolescence en sanatorium dans les Alpes.
C’est là, dans cet isolement forcé, que sa conscience s’aiguise. Elle voit arriver les réfugiés de la guerre d’Espagne, puis l’ombre de l’Occupation allemande qui s’étend sur la France. Pour cette jeune fille de seize ans, l’idée de la soumission est insupportable. Un incident marque son basculement : alors qu’elle est en cure, elle voit un officier allemand gifler un vieil homme. Ce n’est pas seulement une agression physique, c’est un viol de sa dignité. La décision est prise : elle entrera en lutte.
L’engagement dans la résistance et le feu de l’action
À Paris, où elle s’installe pour suivre des études de sage-femme (un camouflage idéal pour ses activités clandestines), Madeleine devient « Rainer ». Elle choisit ce pseudonyme en hommage au poète autrichien Rainer Maria Rilke, prouvant déjà que sa lutte ne se fait pas contre un peuple ou une culture, mais contre une idéologie : le nazisme. Elle rejoint les Francs-tireurs et partisans (FTP).
Le 23 juillet 1944, alors que Paris bout d’impatience avant l’insurrection, elle commet un acte d’une audace folle. Sur le pont de Solférino, en plein jour, elle abat de deux balles dans la tête un officier de la Wehrmacht. Elle n’a pas encore vingt ans. Elle ne cherche pas à fuir, car l’acte doit être public, il doit sonner comme un signal de révolte. Capturée par des miliciens français, elle est livrée à la Gestapo.
La torture, la prison et le miracle de la libération
Ce qui suit est une descente aux enfers. Madeleine Riffaud subit des interrogatoires brutaux, la torture et l’isolement dans les geôles de la rue des Saussaies, puis à Fresnes. Condamnée à mort, elle attend chaque matin le peloton d’exécution. Mais son courage ne fléchit pas. Dans sa cellule, elle écrit des poèmes sur des morceaux de papier volés, utilisant la littérature comme un rempart contre la folie.
Elle est sauvée de justesse par un échange de prisonniers organisé par la Résistance, quelques jours seulement avant la libération de Paris. À peine sortie de prison, affaiblie mais habitée par une rage de vaincre, elle reprend le combat. Elle commande un détachement de résistants qui parvient à capturer un train de soldats allemands dans le tunnel des Buttes-Chaumont. À la Libération, elle est une héroïne, mais une héroïne blessée par l’horreur de ce qu’elle a vu et subi.
La poésie comme arme de reconstruction
Après la guerre, Madeleine Riffaud doit réapprendre à vivre. Le traumatisme est profond. C’est la poésie qui la sauve. Elle rencontre Paul Éluard, qui devient son mentor et son ami. Impressionné par la force de ses vers écrits dans l’ombre de la mort, il l’encourage à publier. Elle entre dans le cercle des grands intellectuels de l’époque, de Louis Aragon à Pablo Picasso, qui fera son portrait.
Pour Madeleine, la poésie n’est pas un exercice de style, c’est la poursuite de la résistance par d’autres moyens. Elle chante la liberté, mais aussi la camaraderie et la douleur de ceux qui ne sont plus là. Cependant, la vie de salon parisienne ne lui suffit pas. Elle a besoin du contact de la réalité, de ceux qui souffrent et qui luttent encore ailleurs.
Le journalisme de guerre et le regard sur les opprimés
Elle entame alors une carrière de journaliste qui fera d’elle l’une des plus grandes reporters du XXe siècle. Pour le journal L’Humanité, elle parcourt la planète là où l’histoire brûle. Elle se rend en Indochine, où elle suit les maquis du Viet-Minh. Elle devient une amie proche de Ho Chi Minh, qui l’appelle « sa fille ». Elle est l’une des premières à montrer au public français la réalité de la lutte anticoloniale, non pas depuis les bureaux de l’état-major, mais depuis la jungle.
Son engagement se poursuit pendant la guerre d’Algérie. Elle prend position contre la torture, celle-là même qu’elle a subie. Cela lui vaut la haine de l’OAS, qui tente de l’assassiner à Paris en provoquant un accident de voiture. Elle s’en sort avec de graves séquelles, mais son courage reste intact. Plus tard, elle passera sept ans au Vietnam sous les bombardements américains, vivant dans les tunnels avec les paysans et les combattants. Son journalisme est un journalisme d’immersion, radical, qui ne cherche jamais la neutralité mais la vérité des opprimés.
L’immersion dans les hôpitaux de Paris
Dans les années 1970, Madeleine Riffaud réalise ce qui reste peut-être son enquête la plus marquante pour la société française. Elle se fait embaucher comme aide-soignante dans un grand hôpital parisien, sans révéler son identité. Elle veut comprendre la réalité du soin, la fatigue des personnels et la solitude des malades.
Le livre qui en découle, « Les linges de la nuit », est un immense succès de librairie. Il bouleverse l’opinion publique et force les politiques à se pencher sur les conditions de vie à l’hôpital. C’est encore et toujours la même démarche : être là où ça fait mal, là où l’on ne regarde pas, pour porter la parole de ceux qui sont invisibles.
Un siècle de mémoire et la transmission
Les dernières décennies de sa vie sont consacrées à la mémoire. Madeleine Riffaud a longtemps gardé le silence sur ses exploits de résistante, par modestie et par respect pour ses camarades tombés. Mais voyant le temps passer et les témoins disparaître, elle accepte de raconter. Elle parcourt les écoles, témoigne inlassablement devant les jeunes générations.
À près de cent ans, elle collabore à une série de bandes dessinées intitulée « Madeleine, résistante », qui rencontre un succès phénoménal. Elle y raconte son parcours avec une précision et une vivacité d’esprit qui forcent l’admiration. Elle reste jusqu’au bout cette femme droite, au regard bleu perçant, qui refuse les honneurs inutiles mais n’accepte aucune compromission avec les valeurs de la République. Elle s’éteint le 6 novembre 2024, entourée de l’affection de toute une nation.