Qui est VERCORS ?
Date de naissance : 26 février 1902 (Paris, France).
Date du décès : 10 juin 1991 (Paris, France) à 89 ans.
Activité principale : Romancier, graveur, illustrateur, dramaturge.
Nom de naissance : Jean Marcel Adolphe Brüller.
Pseudonyme : Vercors, Joë Mab.
Où est la tombe de VERCORS ?
La tombe de VERCORS est située dans la division 29
La tombe de VERCORS au Cimetière du Montparnasse
Vercors (Jean Brüller) a été crématisé au Père-Lachaise en juin 1991, car c’est là que se trouve le seul crématorium historique de Paris. Ses cendres ont d’abord été déposées au columbarium du Père-Lachaise (case 3864).
Ses cendres sont ensuite transférées dans un caveau familial dans un autre cimetière : son urne a été placée dans le caveau de la famille Brüller situé au Cimetière du Montparnasse, dans la 29e division.
C’est une sépulture d’une grande sobriété.
On y voit gravé son nom de naissance, Jean BRÜLLER, suivi de son nom de combat et d’écrivain, VERCORS. Les dates (1902-1991) y sont inscrites de manière très classique.
Biographie de VERCORS

Portrait de Vercors pour La Bataille du Silence, Paris, Presses Pocket, 1970.
Guadalupe R R, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Vercors, né Jean Brüller, fut cet homme double : un artiste à l’œil acéré, illustrateur de talent, et un écrivain à la conscience inflexible. En choisissant le nom d’un massif montagneux pour signer ses œuvres clandestines, il a donné une voix à la France qui refusait de se soumettre. Pour le visiteur qui cherche sa trace, retracer sa vie, c’est comprendre comment l’art et la littérature peuvent devenir les remparts les plus puissants contre la barbarie.
L’éveil d’un artiste sous le nom de Jean Brüller
Tout commence le 26 février 1902 à Paris. Jean Marcel Adolphe Brüller grandit dans un milieu intellectuel et cosmopolite ; son père est d’origine hongroise et sa mère française. Très tôt, le jeune Jean manifeste un talent exceptionnel pour le dessin et la gravure. Loin de l’image de l’écrivain grave qu’il deviendra, il commence sa carrière comme un illustrateur brillant et un technicien de l’image reconnu.
Après des études d’ingénieur électricien qu’il termine par discipline mais sans passion, il se consacre entièrement à sa vocation artistique. Il fréquente les ateliers et se perfectionne dans l’art difficile de la gravure à l’eau-forte. Son style se caractérise par une précision quasi mathématique mise au service d’une observation sociale souvent acide. Il ne cherche pas à embellir le monde, mais à en extraire la vérité, même lorsqu’elle est inconfortable.
L’art de la gravure et la satire d’avant-guerre
Sous son vrai nom, ou parfois sous le pseudonyme facétieux de Joë Mab, Jean Brüller se fait un nom dans le milieu parisien des années 1920 et 1930. Son œuvre graphique est marquée par un humour noir et une lucidité désenchantée sur la condition humaine. En 1926, il publie son premier album célèbre, 21 recettes de mort violente, une suite de gravures qui traite de la fin de vie avec une ironie mordante qui masque une profonde angoisse métaphysique.
Il collabore à des revues prestigieuses et illustre les grands textes de la littérature. Ses gravures d’avant-guerre montrent un homme fasciné par les masques sociaux et les fragilités de l’âme. Pourtant, derrière la satire, pointe déjà l’humaniste. Dans ses albums comme Hypothèses sur les amateurs de peinture, il interroge le rapport de l’homme à l’art et à la beauté. Cette période de création intense lui permet d’affiner son regard, un regard qu’il saura bientôt détourner du papier pour observer les ténèbres qui s’apprêtent à recouvrir l’Europe.
La naissance du résistant et le silence de la mer
Le basculement se produit avec la Seconde Guerre mondiale. Mobilisé en 1939, Jean Brüller vit la défaite de 1940 comme un effondrement moral. Face à l’Occupation et à la collaboration qui s’installe, il refuse de se soumettre. Mais il prend une décision radicale : il refuse de s’exprimer sous son vrai nom pour ne pas cautionner la censure. C’est dans ce contexte de résistance intérieure que naît « Vercors ».
En 1942, il écrit dans la clandestinité une nouvelle qui va bouleverser l’opinion : Le Silence de la mer. Ce texte raconte la résistance silencieuse d’un vieil homme et de sa nièce face à un officier allemand cultivé logé chez eux. En opposant un mutisme absolu aux discours de l’occupant, les personnages affirment la supériorité de l’esprit sur la force. Le livre, imprimé de nuit dans des conditions périlleuses, circule sous le manteau et devient le manifeste de la résistance intellectuelle française. Il prouve au monde que la France n’a pas perdu son âme.
L’épopée technique des éditions de Minuit
Vercors ne se contente pas d’écrire ; il veut donner une voix à tous ceux qui refusent le joug nazi. Avec l’écrivain Pierre de Lescure, il fonde les Éditions de Minuit. C’est une prouesse héroïque : créer une maison d’édition totalement clandestine sous le nez de la Gestapo. Vercors utilise alors tout son savoir-faire d’artisan. Il s’occupe de la fabrication, du choix du papier (souvent récupéré par des biais détournés) et de la typographie.
Chaque volume des Éditions de Minuit est un acte de guerre. Les livres sont petits, pour être facilement cachés, mais d’une qualité esthétique exemplaire. Il recrute des imprimeurs patriotes qui travaillent dans l’ombre, risquant la déportation à chaque page. Cette maison d’édition publiera les plus grands noms de la littérature engagée (Eluard, Aragon, Mauriac), sauvant l’honneur des lettres françaises. Vercors y consacre toute son énergie, devenant le logisticien d’une pensée qui refuse les barreaux.
L’humanisme en marche et la quête de l’humain
À la Libération, Jean Brüller révèle son identité, mais il reste attaché au nom de Vercors, qui symbolise désormais son engagement. Il devient une figure centrale de la reconstruction intellectuelle. Cependant, il refuse la facilité des honneurs officiels. C’est un humaniste inquiet, obsédé par une question fondamentale née des atrocités de la guerre : qu’est-ce qu’un homme ?
Cette quête donne naissance à l’un de ses romans les plus célèbres de l’après-guerre, Les Animaux dénaturés (1952). En mettant en scène la découverte d’une espèce intermédiaire entre l’homme et le singe, les « Tropis », Vercors oblige le lecteur et la société à définir juridiquement et moralement l’humanité. Le succès est immense et international. Il adapte lui-même l’ouvrage pour le théâtre sous le titre Zoo, une pièce qui sera jouée sur les plus grandes scènes, continuant de porter son message de vigilance contre toutes les formes de déshumanisation.
Un intellectuel engagé face aux tourmentes du siècle
Fidèle à ses idéaux de la Résistance, Vercors ne se mure pas dans le passé. Il s’engage activement dans les débats de son temps, refusant de suivre aveuglément les blocs idéologiques de la Guerre froide. Sa boussole reste la morale. En 1960, il prend position contre la torture pendant la guerre d’Algérie. Dans un geste de courage resté célèbre, il renvoie sa Légion d’honneur au Président de la République pour protester contre les atteintes à la dignité humaine commises au nom de l’État.
Il voyage, témoigne et écrit inlassablement. Ses essais, comme Plus ou moins homme, explorent les limites de la liberté et de la responsabilité individuelle. Malgré les polémiques et les pressions politiques, il conserve une indépendance d’esprit totale. Pour lui, l’écrivain n’est pas un spectateur, mais un gardien des valeurs universelles. Il continue parallèlement son œuvre de graveur, voyant dans le trait une forme de vérité que les mots peinent parfois à atteindre.
Le crépuscule d’un témoin du siècle
Dans les dernières années de sa vie, Jean Brüller-Vercors se retire peu à peu du tumulte médiatique, mais il ne cesse jamais de travailler. Il voit le monde changer, les anciennes certitudes s’effriter, mais il garde jusqu’au bout sa foi en la capacité de l’homme à se réinventer par la culture et l’art. Ses mémoires, intitulées La Bataille du silence, restent un document inestimable sur l’esprit de la Résistance.
Il s’éteint le 10 juin 1991 à Paris, à l’âge de 89 ans.