Qui est Régine DEFORGES ?
Date de naissance : 15 août 1935 (Montmorillon, France).
Date du décès : 3 avril 2014 (Paris, France) à 78 ans.
Activité principale : romancière, éditrice.
Où est la tombe de Régine DEFORGES ?
La tombe de Régine DEFORGES est située dans la division 3.
La tombe de Régine DEFORGES au Cimetière du Montparnasse

Tombe de Régine Deforges et Anne Wiazemsky au cimetière du Montparnasse.
ManoSolo13241324, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Inhumée au Cimetière du Montparnasse, Régine Deforges repose dans la 3ème division.
Elle partage sa dernière demeure avec Anne Wiazemsky (1947-2017), actrice (muse de Godard), écrivaine de talent (Prix du roman de l’Académie française) et petite-fille de François Mauriac. Anne était la belle-sœur de Régine. Cette réunion dans la mort de deux femmes de lettres aux styles si différents, mais à la liberté d’esprit commune, est d’une grande poésie.
Biographie de Régine DEFORGES
Régine Deforges n’était pas seulement une romancière à succès ; elle était un monument de la liberté d’expression, une éditrice frondeuse et une femme dont la vie fut un combat permanent contre les hypocrisies de son temps. De l’enfant scandaleuse de Montmorillon à la Grande Dame des lettres françaises, son parcours est celui d’une émancipation totale.
L’enfance poitevine : Le traumatisme fondateur
Tout commence le 15 août 1935 à Montmorillon, dans la Vienne. Régine grandit dans une famille de la petite bourgeoisie provinciale. Son père est un homme austère, sa mère plus effacée. Mais le véritable tournant de sa jeunesse, celui qui forgera son caractère de rebelle, survient à l’âge de 15 ans.
À l’école religieuse, Régine tient un journal intime. Elle y consigne ses émois, ses désirs naissants pour une autre jeune fille et ses réflexions sur le monde qui l’entoure. Ce journal est dérobé par ses camarades, lu par les religieuses, puis exposé au vu et au su de tout le village. Le scandale est immense. Elle est humiliée publiquement, rejetée par les siens. Cet épisode de « l’autodafé du cœur » ne la brise pas ; il lui insuffle une haine viscérale de la censure et une volonté farouche de dire tout haut ce que la morale bourgeoise cache. Elle quitte Montmorillon avec une promesse : elle fera de sa vie un cri de liberté.
L’aventure de l’édition : L’or du Temps
Arrivée à Paris, Régine Deforges ne cherche pas immédiatement à écrire. Elle veut faire lire. En 1967, elle devient la première femme à fonder sa propre maison d’édition en France : L’Or du Temps. Le nom est un hommage à André Breton, mais le contenu est une déclaration de guerre aux ciseaux d’Anastasie (la censure).
Elle choisit de rééditer des textes érotiques oubliés ou interdits : Apollinaire, Sade, Restif de la Bretonne. Elle publie Le Con d’Irène d’Aragon. Le verdict ne se fait pas attendre : elle devient l’éditrice la plus poursuivie de France. Ses livres sont saisis, elle subit des procès à répétition, est frappée de lourdes amendes et même privée de ses droits civiques pendant plusieurs années.
Mais Régine tient bon. Elle n’édite pas par goût du scandale, mais par conviction féministe et intellectuelle. Elle considère que la liberté d’écrire sur le corps et le désir est le socle de toutes les autres libertés. Durant cette période, elle devient une figure incontournable de Saint-Germain-des-Prés, fréquentant les plus grands esprits de l’époque qui admirent son courage.
Régine Deforges, écrivaine et éditrice française.
François Alquier, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
Le phénomène « La bicyclette bleue »
Au début des années 80, Régine Deforges passe de l’autre côté du miroir. Sur les conseils de l’éditeur Jean-Pierre Ramsay, elle décide d’écrire une grande saga historique. En 1981, elle publie le premier tome de « La Bicyclette bleue ».
L’histoire se déroule pendant l’Occupation française. On y suit Léa Delmas, une héroïne libre et sensuelle, qui traverse les tourments de la guerre sur son vélo. Le succès est fulgurant. Des millions d’exemplaires s’écoulent. Régine Deforges devient l’un des auteurs les plus populaires de France.
Ce succès s’accompagne d’une bataille judiciaire épique. Les héritiers de Margaret Mitchell, l’auteur de Autant en emporte le vent, l’accusent de plagiat. Ils voient en Léa Delmas une Scarlett O’Hara française. Le procès dure des années, remonte jusqu’à la Cour de cassation. Régine Deforges gagne finalement son combat : la justice reconnaît que si elle s’est inspirée de la structure du classique américain pour son premier tome, son œuvre possède une identité propre, ancrée dans la réalité historique française. La saga comptera finalement dix tomes, traduits dans le monde entier.
Une femme d’engagements
Régine Deforges ne s’est jamais enfermée dans sa tour d’ivoire de romancière à succès. Elle fut une femme de terrain et de convictions :
- Féminisme : Elle a lutté toute sa vie pour l’autonomie des femmes, pour leur droit au plaisir et à l’indépendance financière.
- Politique : Proche du Parti Communiste sans jamais être dogmatique, elle fut une femme de gauche, révoltée par les injustices sociales.
- Littérature : Elle fut membre du jury du prix Fémina, où elle défendait avec passion les voix singulières et les jeunes auteurs.
Elle possédait une librairie, s’intéressait aux arts graphiques et restait d’une curiosité insatiable pour les nouvelles formes de création. Elle a également écrit des livres pour enfants, des récits de voyage et des essais sur sa région natale, le Poitou, à laquelle elle est restée viscéralement attachée malgré son image de Parisienne sophistiquée.
Vie privée : Le clan et la fidélité
Sa vie sentimentale fut à l’image de ses livres : passionnée. Elle fut l’épouse de l’illustrateur et caricaturiste Pierre Wiazemsky, plus connu sous le pseudonyme de Wiaz. Ensemble, ils ont formé un couple emblématique de la vie culturelle parisienne, mêlant humour, art et engagement.
Elle était la mère de trois enfants : Franck Spengler (qui a repris le flambeau de l’édition érotique), Camille Deforges et Léa Wiazemsky (actrice et écrivaine). Régine était le pivot d’un clan soudé, une femme qui cultivait l’amitié comme un art majeur.
Le dernier Clap
Les dernières années de sa vie sont marquées par une santé plus fragile, mais sa verve reste intacte. Elle publie ses mémoires, L’Enfant de Montmorillon, où elle revient avec émotion et lucidité sur son parcours.
Régine Deforges s’éteint le 3 avril 2014 à l’hôpital Cochin à Paris, à l’âge de 78 ans, des suites d’une crise cardiaque. Sa disparition est saluée par toute la classe politique et le monde des arts. On pleure « la rebelle », celle qui a ouvert des portes que beaucoup voulaient garder closes.