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Tombe : Jean PIAT

Qui est Jean PIAT ?

Date de naissance : 23 septembre 1924 (Lannoy, France).
Date du décès : 18 septembre 2018 (Boulogne-Billancourt, France) à 93 ans.
Activité principale : acteur, écrivain.

Où est la tombe de Jean PIAT ?

La tombe de Jean PIAT est située dans la division 27.

La tombe de Jean PIAT au Cimetière du Montparnasse

Tombe de Jean Piat et Françoise Engel au cimetière du Montparnasse.
ManoSolo13241324, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Jean Piat repose désormais au cimetière du Montparnasse, dans la 27e division.
Il partage cette dernière demeure avec son épouse, Françoise Engel. Leurs noms sont gravés côte à côte, scellant pour l’éternité une union qui a marqué l’histoire du théâtre français.

Les promeneurs déposent souvent des petits mots ou des fleurs rouges, en souvenir de Robert d’Artois ou de la rose de Cyrano.

Biographie de Jean PIAT

Jean Piat n’était pas seulement un acteur ; il était une voix, une silhouette et l’incarnation d’une certaine idée de l’élégance française. Sociétaire honoraire de la Comédie-Française, il a traversé le siècle avec un archet à la main et le verbe pour épée, marquant aussi bien les planches que le petit écran de son charisme solaire. Pour les promeneurs du cimetière du Montparnasse, sa sépulture est un arrêt obligatoire pour saluer celui qui a fait briller la langue française pendant plus de soixante-dix ans.

L’enfant du Nord et l’appel des planches

Tout commence le 23 septembre 1924 à Lannoy, dans le Nord de la France. Fils d’un père lillois et d’une mère d’origine belge, Jean Piat grandit dans une famille qui n’est pas issue du sérail artistique. Son père est un homme de commerce, mais le jeune Jean ressent très tôt un décalage avec son environnement provincial. La révélation a lieu lors de séances de cinéma et de lectures passionnées. Très vite, l’appel de Paris et du spectacle se fait sentir comme une nécessité absolue.

Après avoir gravi les échelons des études secondaires au lycée Janson-de-Sailly à Paris, il s’inscrit au Conservatoire national d’art dramatique. Dans ce temple de l’apprentissage, il reçoit l’enseignement de maîtres légendaires comme Béatrix Dussane. Sa présence physique imposante, son allure de jeune premier et surtout sa diction impeccable le distinguent d’emblée de ses camarades de promotion. En 1947, le destin frappe à sa porte : il entre à la Comédie-Française. Il n’a que 23 ans, mais il s’apprête à devenir l’un des piliers les plus solides de la « Maison de Molière ».

Le temple de Molière : vingt-cinq ans de règne

Jean Piat restera vingt-cinq ans au sein de la Comédie-Française. Il en devient le 421e sociétaire en 1953, un titre qui consacre son talent et sa loyauté envers l’institution. Durant ce quart de siècle, il explore tout le répertoire classique avec une prédilection pour les personnages de séducteurs, de valets d’esprit et de héros panachés. Il possède cette capacité rare de rendre le texte classique vivant, moderne et accessible, sans jamais trahir la noblesse de la langue.

Il est un Figaro inoubliable dans Le Mariage de Figaro de Beaumarchais, insufflant au personnage une ironie et une légèreté qui font date. Mais son rôle de cœur, celui qui finit par se confondre avec sa propre identité d’acteur, reste Cyrano de Bergerac. Il incarne le héros d’Edmond Rostand plus de 400 fois. Sur scène, il porte avec une aisance incroyable la rime, le geste et le nez, symbolisant à lui seul ce mélange de bravoure et de mélancolie qui définit l’esprit français. Lorsqu’il quitte la troupe en 1972 pour voler de ses propres ailes dans le théâtre privé, il est nommé sociétaire honoraire, une distinction qui souligne l’empreinte indélébile qu’il laisse derrière lui.

Jean PIAT avant sa représentation de « la maison du lac » en octobre 2008.
Michaël Bemelmans, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Robert d’Artois : l’explosion médiatique et le cri du droit

Si les amateurs de théâtre le vénèrent, c’est la télévision qui va faire de lui une star nationale et un visage familier de chaque foyer. En 1972, il accepte le rôle de Robert d’Artois dans l’adaptation magistrale des Rois maudits de Maurice Druon, réalisée par Claude Barma. Ce feuilleton historique révolutionne la télévision de l’époque.

Vêtu de rouge, tonitruant, machiavélique et pourtant étrangement irrésistible, Jean Piat apporte une énergie brute à ce prince dépossédé. Son interprétation du personnage, qui cherche à reconquérir son comté par tous les moyens, marque les mémoires de plusieurs générations. Son cri « Mon droit ! » devient une réplique culte. Jean Piat apporte à ce rôle une dimension quasi shakespearienne, prouvant que le théâtre classique peut se marier parfaitement avec la culture de masse et les formats populaires. Grâce à Robert d’Artois, Jean Piat devient un acteur total, capable de passer de la poésie d’alcôve aux fureurs de l’histoire politique.

La voix : une signature inoubliable au service de l’imaginaire

Au-delà de son visage et de ses gestes, c’est sa voix qui a accompagné des millions d’auditeurs et de spectateurs. Jean Piat possédait un timbre chaud, boisé, d’une précision chirurgicale, capable d’exprimer aussi bien la sagesse que la cruauté. Cette voix devient une signature dans l’univers du doublage, où il s’illustre dans des rôles iconiques.

Pour les studios Disney, il est Scar, le lion machiavélique du film Le Roi Lion (1994). Son interprétation de la chanson « Soyez prêtes » reste un sommet de la comédie musicale doublée, mêlant humour noir et autorité royale. Pour les nouvelles générations de cinéphiles, il est la voix française de Ian McKellen dans les trilogies du Seigneur des Anneaux et du Hobbit. Il insuffle au magicien Gandalf une sagesse et une profondeur qui n’ont rien à envier à la version originale. Il prête également son organe vocal au sombre juge Frollo dans Le Bossu de Notre-Dame. Dans chaque doublage, il ne se contentait pas de traduire, il habitait le personnage, offrant au public français une expérience sonore d’une qualité exceptionnelle.

L’écrivain et l’amoureux de la langue française

Jean Piat était un homme de lettres accompli. Il ne se contentait pas de dire les mots des autres, il aimait les sculpter lui-même. Il a écrit de nombreux ouvrages, allant de ses mémoires (Les plumes du paon, En toute complexité) à des romans, en passant par des essais passionnés sur le métier de comédien. Chaque livre est une déclaration d’amour à la langue de Molière.

Membre du comité de parrainage de l’Association pour la sauvegarde et l’expansion de la langue française, il se battait avec ferveur pour la clarté et la beauté de l’idiome. Pour lui, bien parler n’était pas un snobisme, mais une politesse faite au monde et une forme de respect envers l’interlocuteur. Ses écrits témoignent de son humour fin, de sa culture immense et de son regard lucide sur l’évolution du spectacle vivant. Il considérait l’écriture comme un prolongement naturel de la scène, une manière de fixer l’éphémère du théâtre dans la durée du papier.

Françoise Engel : le grand amour et la scène partagée

La vie de Jean Piat est indissociable de celle de Françoise Engel (1920-2005). Comédienne de grand talent elle aussi, elle a été sa compagne de vie et de scène pendant plus de cinquante ans. Ils ont formé un couple mythique du milieu artistique, fondé sur une admiration mutuelle, une complicité intellectuelle et une passion commune pour les textes. Françoise Engel a été sa partenaire dans de nombreuses pièces et son soutien de chaque instant dans les moments de doute comme dans les triomphes.

Ensemble, ils ont eu deux filles, Dominique et Martine, qu’ils ont élevées loin des rumeurs du monde médiatique. Le décès de Françoise en 2005 a été l’une des plus grandes blessures de la vie de l’acteur. Pourtant, Jean Piat a trouvé la force de continuer à jouer, convaincu que le théâtre était le seul remède possible à la mélancolie du deuil. Il parlait souvent d’elle avec une tendresse infinie, rappelant que tout ce qu’il faisait sur scène était une manière de rester en dialogue avec elle.

Le dernier rappel et le silence de la rive gauche

Jean Piat est monté sur scène presque jusqu’à son dernier souffle. En 2017, il jouait encore avec une vigueur impressionnante dans la pièce Love Letters aux côtés de Mylène Demongeot. Pour lui, la retraite était une notion étrangère ; tant que le public était là et que la mémoire servait les mots, il se devait d’être présent.

Il s’éteint le 18 septembre 2018 à Boulogne-Billancourt, à l’âge de 93 ans, seulement quelques jours avant de fêter son 94e anniversaire. Sa disparition, survenue quelques mois après celle de son ami de toujours Jean d’Ormesson, marque la fin d’une certaine élégance aristocratique de l’esprit français. La France a salué en lui un serviteur infatigable de la culture et un homme dont la courtoisie n’avait d’égale que l’exigence professionnelle.