Qui est Marceline LORIDAN-IVENS ?
Date de naissance : 19 mars 1928 (Épinal, France).
Date du décès : 18 septembre 2018 (Paris, France) à 90 ans.
Activité principale : réalisatrice, écrivaine, productrice.
Où est la tombe de Marceline LORIDAN-IVENS ?
La tombe de Marceline LORIDAN-IVENS est située dans la division 12.
La tombe de Marceline LORIDAN-IVENS au Cimetière du Montparnasse

Tombe de Joris et Marceline Loridan Ivens au cimetière du Montparnasse.
ManoSolo13241324, CC0, via Wikimedia Commons
Elle repose dans le caveau familial aux côtés de son époux, Joris Ivens (décédé en 1989). Ce domicile éternel réunit ainsi deux géants du documentaire qui ont filmé les soubresauts du monde.
Biographie de Marceline LORIDAN-IVENS
Cinéaste, écrivaine et « compagne de route » des grandes luttes du XXe siècle, Marceline Loridan-Ivens était avant tout une survivante. Surnommée par ses proches « la petite fille aux cheveux rouges », elle a passé sa vie à transformer l’indicible de la Shoah en une œuvre documentaire et littéraire d’une force absolue.
L’arrachement (1928 – 1944)
Tout commence à Épinal, le 19 mars 1928. Née Marceline Rozenberg au sein d’une famille juive d’origine polonaise, elle grandit dans un foyer aimant qui s’installe bientôt dans le Vaucluse pour tenter d’échapper aux persécutions. Mais l’Histoire la rattrape brutalement : le 29 février 1944, elle est arrêtée par la milice française avec son père, Shloïme.
À 15 ans, elle est déportée à Birkenau par le convoi 71. C’est là, sur la rampe de sélection, qu’elle croise une autre jeune fille, Simone Jacob, la future Simone Veil. Cette amitié, née dans l’enfer des camps, restera le pilier de sa vie. Son père, lui, est envoyé à Auschwitz III.
Pendant leur déportation, son père, détenu à Auschwitz, réussit un miracle : lui faire parvenir un petit morceau de papier, un message d’espoir lui demandant de tenir bon. Marceline parvient à lui répondre, mais ils ne se reverront jamais. Shloïme Rozenberg meurt en déportation. Soixante-dix ans plus tard, c’est en écho à ce dialogue brisé qu’elle écrit son chef-d’œuvre littéraire. Le titre, « Et tu n’es pas revenu », est un cri déchirant adressé à ce père disparu, constatant qu’elle seule a franchi le seuil du retour.

Reportage / Serie : Filmfestival Rotterdam
Rob Croes / Anefo, CC0, via Wikimedia Commons
Le retour au monde et la « vie balagan »
Marceline revient de l’enfer en 1945. Elle pèse 32 kilos. Le retour à la vie est un « balagan » (un chaos) : elle se sent étrangère parmi les siens qui ne veulent pas entendre l’horreur. Elle plonge dans le Paris intellectuel de l’après-guerre, fréquente les cafés de Saint-Germain-des-Prés, s’engage au Parti Communiste et cherche sa place.
Sa rencontre avec le cinéaste néerlandais Joris Ivens dans les années 60 change sa trajectoire. Ensemble, ils forment un couple de cinéma et de combat. Ils parcourent le monde pour filmer les révolutions : le Vietnam sous les bombes, la Chine de Mao (dont ils reviendront désenchantés). Marceline n’est pas seulement une réalisatrice ; elle est un témoin qui filme l’humain au cœur du tumulte politique.
L’œuvre de mémoire : De l’image aux mots
En 2003, elle réalise La Petite Prairie aux bouleaux, avec Anouk Aimée, un film de fiction qui lui permet enfin de retourner à Birkenau pour affronter ses fantômes. Mais c’est par l’écriture qu’elle touche le plus grand public à la fin de sa vie. Dans des récits d’une sincérité bouleversante comme Ma vie balagan (2008) et surtout Et tu n’es pas revenu (2015), elle écrit l’absence de son père avec une plume d’une précision chirurgicale, sans jamais céder au pathos.
Le dernier souffle
Marceline Loridan-Ivens s’éteint le 18 septembre 2018 à Paris, à l’âge de 90 ans. Sa disparition soulève une émotion nationale. On salue alors l’une des dernières voix capables de raconter la déportation avec une liberté de ton et une insolence qui n’appartenaient qu’à elle. Ses obsèques au Montparnasse ont réuni ses compagnons de route, des figures du cinéma et les descendants de ceux qu’elle appelait ses « frères et sœurs » de déportation.