Qui est Yann ANDRÉA ?
Date de naissance : 24 décembre 1952 (Guingamp, France).
Date du décès : 10 juillet 2014 (Paris, France) à 61 ans.
Activité principale : écrivain.
Où est la tombe de Yann ANDRÉA ?
La tombe de Yann ANDRÉA est située dans la division 21.
La tombe de Yann ANDRÉA au Cimetière du Montparnasse
Sa sépulture est un lieu de passage obligé pour ceux qui s’intéressent au couple mythique qu’il formait avec Marguerite Duras.
Cimetière du Montparnasse – septembre 2018.
Benoît Prieur, CC0, via Wikimedia Commons

Sépulture de Yann Andréa.
Staroad.fr, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Biographie de Yann ANDRÉA
Parler de Yann Andréa, c’est s’immerger dans l’un des récits les plus singuliers de la littérature française contemporaine. S’il repose aujourd’hui au cimetière du Montparnasse, ce n’est pas seulement en tant qu’écrivain, mais comme l’homme qui fut le miroir, le gardien et l’ultime passion de Marguerite Duras. Son existence est une trajectoire complexe, faite de fascination, de dévouement absolu et d’un lent travail pour affirmer sa propre parole face à l’une des plus grandes voix du XXe siècle.
Les racines normandes et l’éveil d’une passion absolue
Yann Lemée, qui prendra plus tard le nom de Yann Andréa en hommage à sa mère, naît le 22 mai 1952 à Granville, en Normandie. Très tôt, il appartient à cette génération pour laquelle la littérature est une nécessité vitale. Étudiant en philosophie, il se construit dans un rapport intense aux œuvres qui déplacent et exposent à une forme d’exigence intérieure.
Sa rencontre avec l’univers de Marguerite Duras se fait d’abord par la lecture. Comme saisi par une œuvre qui rompt avec les formes convenues pour faire du silence et du désir sa matière même, il entame avec l’écrivaine une correspondance nourrie. Pendant cinq ans, il lui envoie des lettres passionnées, restant ce lecteur invisible qui attend dans l’ombre que le destin lui fasse signe.
La rencontre de Trouville et le huis clos amoureux
Le basculement se produit à l’été 1980. Yann décide de rejoindre Marguerite Duras à Trouville. Ce qui ne devait être qu’une brève rencontre se transforme en un compagnonnage qui durera seize ans. Malgré un écart d’âge important et la notoriété considérable de Duras, un lien indestructible se noue.
Yann Andréa ne fut ni un simple secrétaire, ni un personnage secondaire. Il fut l’interlocuteur privilégié, le chauffeur, l’infirmier, mais surtout le « personnage » et la muse masculine de l’écrivaine. Il pénètre au plus près d’un monde où la création, la vie quotidienne et la légende personnelle s’entremêlent. Cette proximité avec une personnalité aussi puissante l’expose à une lumière qui n’est pas d’emblée la sienne, mais elle façonne en profondeur sa propre voix.
L’affirmation d’une plume propre au milieu du vertige
Pour exister face à ce « monstre sacré », Yann Andréa doit lui aussi prendre la plume. Son écriture se distingue par un dépouillement et une recherche de vérité émotionnelle. Dans son premier livre, M.D. (1983), il raconte avec une pudeur poignante le quotidien de leur relation et les cures de désintoxication de Marguerite.
Son œuvre ne relève pas de la confidence facile. Elle interroge ce que vivre auprès d’un écrivain célèbre fait à une existence : comment on se construit dans l’admiration et comment on survit à une relation qui organise tout le réel. Yann Andréa écrit à partir d’une expérience vécue dans la proximité du vertige, de l’amour et de la perte. Ses textes sont une tentative pour reprendre possession de sa propre histoire et nommer ce qui, longtemps, a semblé n’exister qu’à travers le regard de l’autre.
La solitude du survivant et l’héritage d’un nom
Après la mort de Marguerite Duras en 1996, une nouvelle étape commence. Il lui faut vivre avec un héritage immense tout en se dégageant de l’image d’homme de l’ombre. C’est dans ce contexte qu’il publie en 1999 Cet amour-là, un ouvrage essentiel adapté plus tard au cinéma. Il y restitue un lien à la fois amoureux, tourmenté, dépendant et incandescent.
Devenu exécuteur testamentaire de l’œuvre durassienne, il gère avec rigueur la mémoire de celle qui fut tout pour lui, tout en luttant contre la solitude. Il reste dans la mémoire littéraire comme un homme qui a trouvé la force d’écrire depuis l’absence, laissant derrière lui une voix sensible, vulnérable et lucide. Yann Andréa meurt le 1er juillet 2014 à Paris, à l’âge de 62 ans, rejoignant enfin le silence qu’il avait tant exploré dans ses écrits.